Semaine chargée

torilbb

Demain, deux nouveaux épisodes inédits du Village Français dans lequel je suis fier d’incarner Anselme. Le lendemain, j’irai prêter ma voix pour la postsynchronisation de mon personnage dans Toril de Laurent Teyssier, le fameux film dont je vais vous rebattre les oreilles dans les mois à venir. Quand on est à cette étape, on sait que le film n’est pas loin d’être bouclé.

Jeudi, c’est ponton pour tous. Enfin, presque ponton. J’accompagne Retour aux sources et Ogres Niais pour une projection au cinéma de Blaye. Hâte de cette soirée forcément amicale. Et, tant que je suis à Blaye, je signerai Catapulte, invité par la joyeuse équipe du salon Livres en Citadelle qui se déroule les samedi et dimanche. Si vous êtes dans le coin, je vous attends pour la bise.

État d’urgence

gyro

En ce moment, nous sommes parfois dans un endroit où il n’y a pas encore de wifi. D’où le silence des jours passés.

Depuis là-bas, loin de la COP21, j’ai vu que l’on avait assigné à résidence des militants écolos, que d’autres s’étaient affronté aux flics place de la République. Bref, l’état d’urgence, c’est un peu l’état permanent que souhaitent pas mal de Français, semble-t-il, à la lecture de sondages. Vous me direz, on s’y fait. Sur la route, j’ai croisé un contrôle de douanes, puis un contrôle de police lourdement armée. On vit avec. On évite juste de parler politique, de trop réfléchir à haute voix sur les questions de guerre et de terrorisme, en tout cas en dehors du cercle des bonnes connaissances. On apprend à la fermer. On vit sa vie sans rien changer. On se concentre sur ce qu’on a à faire. L’autorité s’occupe du reste. On devient des enfants. Ceux qui ne sont pas sages sont punis. On écarte préventivement ceux qui pourraient nuire à l’ordre public. C’est un peu la base de tout fonctionnement social. Dans ces circonstances, il s’agit d’une situation provisoire. Mais c’est aussi le moyen de voir grandeur nature ce qu’est la vie sous un régime autoritaire avec restriction des libertés et élargissement de l’arsenal répressif. Ça donne une idée du rêve politique de certains. Comme c’est l’état qui s’occupe de tout avec force démonstration et qu’on n’a pas voix au chapitre, puisqu’une majorité se satisfait de n’avoir surtout pas à penser à quoi que ce soit, en dehors de son petit confort personnel, ça peut marcher un bon petit temps comme ça.

C’est assez incroyable cette soif d’état fort (au-delà de l’état d’urgence actuel), sécuritaire, autoritaire, cette vision paternaliste qui marche souvent avec la nécessité imaginaire d’un homme fort (ou une femme guerrière) qui mène la barque. Redevenir enfant sous la tutelle d’un état fort. Perso, c’est pas mon rêve.

La seule chose qui rassure dans tout ça, c’est que l’enfance ne dure qu’un temps. Très vite, à force de ne plus pouvoir exprimer quoi ce soit, de subir l’autorité implacable (avec son inévitable lot d’injustices), les enfants finissent par se rebeller, cherchent à s’émanciper. Et les patriarches, à ce moment là, ils finissent toujours mal.

En caricaturant (suis-je capable d’autre chose ?), la droite forte, c’est le masculin. L’autorité. L’argent. L’ordre.

L’idéologie de gauche est mue, elle, par une démarche plus maternelle : une société qui protège, partage, qui assure à chacun sa subsistance, un toit, un couvert. C’est plus doux.

Quant aux utopistes, ils rêvent juste d’un peuple adulte, dégagé du masculin/féminin, de l’opposition autorité/protection. Un monde où chacun est responsable se sa propre vie et de celle des autres.

C’est peut-être notre difficulté collective à être adulte et responsable qui fige l’utopie au rang de modèle impossible et rend possible le passage de deux régions au Front National ou encore l’embrigadement d’une jeunesse derrière une secte religieuse guerrière et masculine où la femme est reléguée à l’arrière plan très lointain. On en revient toujours aux archétypes masculin/féminin.

Vivement le prochain retour au ponton, tè ! On ne change pas la psychologie d’un individu. Alors vous imaginez celle d’un peuple ! Pourquoi pas une peuple ? Une peuple adulte ?

Un Village Français, c’est demain !

uvft7j

Enfin va commencer la diffusion des inédits d’Un Village Français, demain sur France 3 aux heures habituelles. On sait qu’il va falloir résister. Anselme n’est pas le dernier. Enfin… c’est compliqué.

Ce matin, j’étais à la Fémis pour enregistrer avec bonheur une voix-off pour un court-métrage tourné en Pays Basque (un beau pays, tè !). C’était le rôle d’un fantôme. Ou un fantôme de rôle. Ça me rappelle que, visiblement, mon petit rôle (pour ceux qui suivent), hé bé, on dirait bien que ça n’a pas marché.

En ce moment, je suis dans l’immobilier. Bonjour meubles et cartons.

J’avais écrit une chanson…

guitare

Quand j’étais ado, je jouais de la guitare. Et il m’arrivait d’écrire des chansons qu’heureusement j’ai oubliées.

Mais parmi ces chansons, il y en avait une qui décrivait une espèce de fin de monde. Les paroles étaient celles-ci (celles dont je me souviens). : c’était en 2015 et noël approchait…

Plus tard, au long de mon existence, ces paroles me revenaient avec la peur qu’elles aient été une prémonition. Je n’étais pas loin de voir une espèce de prédiction de ma propre mort.

Le temps a passé, bien passé, même, et nous voilà en 2015 et noël approche.

Je sais, c’est complètement con. Vive 2016 !

Unité nationale

unite

Les républicains ? En cette période compliquée pour le pays, la droite met toute son énergie à cracher sur le gouvernement. Alors même qu’un assaut est en cours à Saint-Denis, Brice Hortefeux est l’invité de France Inter. Il ne trouve rien de mieux à faire que de donner l’effectif exact, à l’unité près, des effectifs de police. Un auditeur intervient : « vous êtes complètement irresponsable de donner ces chiffres alors que l’assaut est en cours ». Il poursuit : « Monsieur, je suis réserviste. J’aurais peur de combattre à vos côtés ».

Ils s’appellent les Républicains les mecs qui transforment l’assemblée nationale en cour de récréation dans ce moment. La belle équipe !

Hop hop hop

414437_356588441099047_2018548652_o[1]

Je vais boire un café à la terrasse d’un bar le la placette. Rubalise, flics partout, gyrophares. Une cliente entre sur la terrasse. Ils ont retrouvé une des voitures des terroristes, comme à Montreuil ! Non, non, il s’agit juste d’une fuite de gaz dans l’immeuble d’en face. C’est ça la psychose. On ramène tout aux attentats.

Hier, j’avais fait un article assez confus qui disait ma colère et ma résignation. Hop, je vois que 2 lecteurs viennent de Belgique. Hop, j’enlève ! Non mais là, c’est pas par psychose, mais juste parce que l’article était de toute façon mauvais.

Si j’ai bien compris, pendant l’état d’urgence, on oublie la démocratie, on rase les murs et on laisse la police travailler. Ménage obligatoire. Les tabourets sur la table et hop hop hop, aspirateur. J’ai entendu qu’on allait modifier la constitution pour l’adapter aux besoins du moment et aux progrès technologique. J’ai entendu parler Valls, ce matin, des fameuses fiches S qui seront concernées par les modifications constitutionnelles. 10.000 fiches qu’il a dit. Sauf que, sur ces 10.000 fiches, il n’y en a qu’une petite moitié concernant les radicalisés dont certains ont séjourné en Syrie. Le reste, ce sont des zadistes, des écolos, et autres gauchistes et punk à chiens, ces gens qui préfèrent faucher les champs de blé OGM plutôt que les clients de bistrots.

Il est évidemment indispensable de prendre des mesures d’exception. Je ne suis pas en train de dire le contraire. Mais une fois qu’on modifie la constitution, les choses sont gravées au-delà. Si quelque hurluberlu prend le pouvoir pour une raison ou une autre (un accident de vote), on n’est pas à l’abri de pratiques telles que celles d’Erdogan qui va frapper les djiadistes et, au passage, bombarde les Kurdes du PKK.

Ce que j’en dis…

PS : putain, si ça se trouve, je vais devoir le jeter, cet article aussi… On peine à trouver des mots justes en certaines périodes.

Qui ? Pourquoi ? Comment ?

tv

C’est l’horreur. Si je n’étais pas aux premières loges ce samedi, j’étais juste à côté et j’ai pu goûter de près à cette atmosphère d’effroi. Mais cette fois-ci, dans les écoles et les lycées, la jeunesse aura du mal à dire « ils l’avaient cherché quand même ». C’est qui, les cibles ? Des bobos parigots, les mêmes que détestent les fachos, ceux qui blablatent aux terrasses des cafés du côté de Bastille, qui vont voir des concerts déjantés.

C’est quoi, la réponse à cette barbarie ? La guerre ? On se contente de dire « c’est la guerre ? »

Bien sûr il y a de ça. On sait d’où ça vient et avec quel discours (affligeant de bêtise, d’ailleurs, le communiqué de Daech). On nous tue, il faut nous défendre. Mais au-delà de ce réflexe de survie, si l’on veut sortir de la spirale meurtrière du tu-me-tues-je-te-tue, il va falloir se poser les questions de Qui ? Pourquoi ? Comment (formation, logistique, qui soutien et finance) ? Appliquer ces questions aux barbares qui ont tué samedi puis remonter petit à petit à ceux qui les ont conduit à agir. Les filières françaises, Belges, au Moyen-Orient. Et à chaque intermédiaire, se poser les questions du qui-pourquoi-comment, jusqu’au dernier maillon de cette chaîne barbare. De façon concrète. Déterminer les responsabilités historiques, les intérêts financiers, qui profite de la situation. À la façon d’une froide enquête scientifique.

J’entends déjà ceux qui vont s’empresser de dire « c’est pas compliqué, c’est les musulmans ! ». Pas besoin d’être théologien pour savoir qu’aucune religion n’impose de tuer des victimes innocentes. Aucune. Et pourtant, des guerres dites de religion, il y en a eu et il y en a encore. Mais les religieux, ce ne sont que des hommes. La religion, ce sont de vagues idées sur le mystère de la vie qui nous échappe. La religion appartient à chacun. Pas à la société. Quand l’Église dirigeait nos pays, ce n’était pas Dieu, mais des hommes aux intérêts terrestres très concrets qui agissaient et imposaient au nom de la religion. Revenons donc au réel, aux hommes, à qui ils sont, pourquoi ils agissent, dans quel intérêt, avec l’aide de qui.

Si l’on ne remonte pas aux sources du problème, on ne le résoudra pas. On ne fera que l’amplifier. Si l’on n’enlève pas les masques grossiers des couleurs de peau et des religions, ce voile opaque qui interdit de penser, oui, ça sera la guerre dont le poète dit « quelle connerie ». Oui, il faut traquer les coupables, agir d’urgence pour que ça ne se reproduise pas. Mais tant qu’on refusera d’analyser les causes  et d’agir sur elles (il y a mille façons d’agir en dehors des bombes), on continuera à connaître l’horreur et on finira par y participer.

C’que j’en dis, c’est c’que j’en pense. Ça ne vaut pas davantage.