Qui ? Pourquoi ? Comment ?

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C’est l’horreur. Si je n’étais pas aux premières loges ce samedi, j’étais juste à côté et j’ai pu goûter de près à cette atmosphère d’effroi. Mais cette fois-ci, dans les écoles et les lycées, la jeunesse aura du mal à dire « ils l’avaient cherché quand même ». C’est qui, les cibles ? Des bobos parigots, les mêmes que détestent les fachos, ceux qui blablatent aux terrasses des cafés du côté de Bastille, qui vont voir des concerts déjantés.

C’est quoi, la réponse à cette barbarie ? La guerre ? On se contente de dire « c’est la guerre ? »

Bien sûr il y a de ça. On sait d’où ça vient et avec quel discours (affligeant de bêtise, d’ailleurs, le communiqué de Daech). On nous tue, il faut nous défendre. Mais au-delà de ce réflexe de survie, si l’on veut sortir de la spirale meurtrière du tu-me-tues-je-te-tue, il va falloir se poser les questions de Qui ? Pourquoi ? Comment (formation, logistique, qui soutien et finance) ? Appliquer ces questions aux barbares qui ont tué samedi puis remonter petit à petit à ceux qui les ont conduit à agir. Les filières françaises, Belges, au Moyen-Orient. Et à chaque intermédiaire, se poser les questions du qui-pourquoi-comment, jusqu’au dernier maillon de cette chaîne barbare. De façon concrète. Déterminer les responsabilités historiques, les intérêts financiers, qui profite de la situation. À la façon d’une froide enquête scientifique.

J’entends déjà ceux qui vont s’empresser de dire « c’est pas compliqué, c’est les musulmans ! ». Pas besoin d’être théologien pour savoir qu’aucune religion n’impose de tuer des victimes innocentes. Aucune. Et pourtant, des guerres dites de religion, il y en a eu et il y en a encore. Mais les religieux, ce ne sont que des hommes. La religion, ce sont de vagues idées sur le mystère de la vie qui nous échappe. La religion appartient à chacun. Pas à la société. Quand l’Église dirigeait nos pays, ce n’était pas Dieu, mais des hommes aux intérêts terrestres très concrets qui agissaient et imposaient au nom de la religion. Revenons donc au réel, aux hommes, à qui ils sont, pourquoi ils agissent, dans quel intérêt, avec l’aide de qui.

Si l’on ne remonte pas aux sources du problème, on ne le résoudra pas. On ne fera que l’amplifier. Si l’on n’enlève pas les masques grossiers des couleurs de peau et des religions, ce voile opaque qui interdit de penser, oui, ça sera la guerre dont le poète dit « quelle connerie ». Oui, il faut traquer les coupables, agir d’urgence pour que ça ne se reproduise pas. Mais tant qu’on refusera d’analyser les causes  et d’agir sur elles (il y a mille façons d’agir en dehors des bombes), on continuera à connaître l’horreur et on finira par y participer.

C’que j’en dis, c’est c’que j’en pense. Ça ne vaut pas davantage.

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21 commentaires pour Qui ? Pourquoi ? Comment ?

  1. Lydie dit :

    Il faudrait…il faudrait que des humains comme toi se réunissent, pensent et agissent vite. Qu’on leur donne les moyens.
    Que l’argent soit un moyen de faire cesser cette guerre, et non pas de l’entretenir.
    Cependant, une chose dont personne ne semble s’inquiéter, c’est le fanatisme déjà transmis à leurs enfants, de gré ou de force, dans des camps d’entrainements… ça, aussi, il faudrait à tout prix le désamorcer !!

  2. serge barande dit :

    Je pense aux gens qui en ont réchappé, mais qui ont tout vu… les images et les odeurs…
    Ils en auront pour toute leur vie à essayer « d’oublier ».
    Pour mon bien pauvre exemple, le 13 juillet 1983, en début d’après-midi, je me trouvais dans l’aéroport d’Orly. Et j’ai vécu en direct l’attentat contre la Turckich air ligne, fomenté par Ali Nakash, 8 morts, 57 blessés. J’ai assisté à TOUT, j’étais à environ 200 m du comptoir lorsque les bombes ont explosé (valises piégées). Des gens transformés en torche, et qui courraient ainsi…
    Eh bien plus de trente ans ans plus tard, les images de ces gens en feu sont encore en moi, de plus en plus floutées, certes, avec le temps qui passe. Mais elles restent bel et bien là.
    Et depuis, je sursaute pour un rien. C’en est caricatural, aux dires de certains.
    Les gens qui étaient au Bataclan en garderont à jamais des traumatismes. D’une façon ou d’une autre, leurs comportements quotidiens s’en ressentiront.

    Pour le reste et sur le fond, j’avoue que je n’ai pas de « solution miracle », ou de pensée maîtresse. Va donc savoir où ça se perche… le fanatisme dépasse mon intellect.
    Sinon que ces cons-là, faut attraper leurs mères. Puis les refaire, les mecs. Les reconstruire à partir d’un cerveau et non en partant d’un simple anus !
    Dieu s’est parfois salement gouré en la construction de ses prochains…

    • Blog Blancan dit :

      T’as vérifié si le ponton va bien ?

      • serge barande dit :

        Ouais… Y va le ponton.
        Mais, tu vois, ce soir j’ai pas le goût…
        Je vais quand même planquer quelques boutanches et quelques bocaux…
        Pour au final, se régaler et les niquer ces fils de p… !
        Ils nous souhaitent la mort… Eh bien, je la leur souhaite !!!
        Ils ne gagneront jamais !
        Du ponton de nos bonheurs partagés, je détiens la clé.
        Y peuvent venir… L’haleine de mon Balou est capable de niquer 70 vierges d’un seul souffle !!!
        Et ça ils ne le savent pas.
        Et si une en réchappe, elle sera porteuse non saine……….
        Des monstres… Je pleins leurs mères…
        Je ne trouve plus de verbes pouvant être écrits ici.
        Et pourtant, j’en ai plein…

  3. Thierry de Saint-Chinian dit :

    Bonsoir, Bernard ….
    Un jour, dit la légende, il y eut immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu.
    Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »
    Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »
    Soyons tous des colibris ….

  4. Lydie dit :

    Peur. Impuissance. Colère. Peur…

    À part ça, vu personne au ponton, total déserté bien que très tranquille ; mais bon, on dit qu’il faut se méfier des eaux dormantes…
    Suis repartie avec les bouteilles, hein, j’ai bien fait ? Ocazou Balou traîne son museau dans le coin.
    .

    • serge barande dit :

      Étions là pourtant, mais la tristesse régnante s’opposait forcément à des joies « normales ».
      Balou n’est plus le même depuis vendredi soir. Comme s’il me copiait… Nos cœurs souffrent…
      Mon chien est juste humain… Et je deviens juste, lui.
      Le partage est total…
      Et ma petite fille, même pas trois ans… hier soir… nous a dit, voyant quelques images… : « méchants ».
      Elle sait donc déjà ces notions-la……….
      Ça m’a ému et m’a fait flipper à la fois.

    • Tomaticha dit :

      Oui Lydie nous y étions au ponton, c’est sûr. Le club du ponton en communion de pensées. Et on aurait bien eu besoin de boire un p’tit coup…

  5. Pascale dit :

    Je te trouve injuste quand tu dis : « Mais cette fois-ci, dans les écoles et les lycées, la jeunesse aura du mal à dire « ils l’avaient cherché quand même »
    car ce sont surtout des adultes sortis depuis longtemps de l’école et du lycée que j’ai entendu dire ce genre de conneries lors des attentats contre Charlie.

    Il faudrait aussi réfléchir au fait que ces gens qui tuent sont des gamins de 20 ans, parfois 30 tout au plus… tellement désoeuvrés, tellement en manque de repère, tellement en manque de tout… qui se font laver le cerveau par des planqués très malins qui leur assurent les aimer, les respecter, et leur donnent un but, complètement insensé ; MOURIR… et qui ne se mettront jamais une ceinture explosive autour de la taille… ça me dégoûte.

    Une amie de mon amie qui vit dans le XIème était au Bataclan, elle est blessée et son mari est mort. Je me réveille chaque matin, encore plus triste que les autres matins.

    Mais bon, ce que j’en dis

    • Blog Blancan dit :

      Désolé Pascale pour ce que tu viens de vivre encore.

      Mais pour ce qui est de ce qui s’est dit dans les écoles après les attentats de janvier, c’est pas des conneries. Je suis en contact avec plein d’enseignants…

  6. Sarro Philippe dit :

    Mais Est-ce vraiment la guerre ? (suite à mon post précédent)

    C’est en tout cas ce que veulent ces gens là qui sont millénaristes, une guerre apocalyptique où seul les élus seront sauvés, en l’occurrence eux. C’est une prophétie auto-réalisatrice.

    Mais rien de nouveau sous le soleil. Les vieux de la montagne qui leurs mettent ces idées et mythes nihilistes dans leurs têtes en les faisant passer pour une révélation, sacrifient leurs jeunes en les transformant en ashäshins sans aller eux mêmes sacrifier les impies pour assouvir leurs désirs totalitaires de pouvoir et de contrôle des esprits. Alors qu’ils sont eux mêmes fascinés par nos modèles.

    René Girard qui vient de disparaître à écrit:
    « Je crois que la vérité n’est pas un vain mot… Je pense que tout ce qui peut nous détourner de la folie et de la mort, désormais, a partie liée avec cette vérité. Mais je ne sais pas comment parler de ces choses-là. […] si j’arrivais à communiquer l’évidence de certaines lectures, les conclusions qui s’imposent à moi s’imposeraient aussi autour de moi. »

  7. Sarro Philippe dit :

    En tous les cas si a eux ont leur a promis 40 vierges, nous on a promis a nos victimes 40 cierges.

  8. Lydie dit :

    Interview. Un frère qui dit : « … oui… mais comprenez, nous avons une mère… ! »
    Il y a eu défaut d’éducation ; une très grosse faille ; qui aura provoqué les mauvaises rencontres, la très mauvaise pente…
    Ce n’est pas un pays qui éduque. Ce sont les parents. Dans n’importe quel pays.
    Existent des parents défaillants ou qui éduquent volontairement à la dure pour dresser à tuer.

    Alors ?
    Qui se soucie seulement de ce volet-là, cette très (trop ?) lourde rééducation urgente ?
    Pour désarmer la haine inculquée à une génération montante…

    … entre deux avions, deux réunions, deux repassages de cravate… ?
    😥

  9. Lydie dit :

    PS : reste prudent… t’as qu’à boire le café chez toi ! 😉

  10. Lydie dit :

    C’est quoi c’truc ? Un nouveau tour de magie que tu nous fais ?
    Je t’explique :
    Je vois que tu mets un nouveau titre « les barbares », je clique…on me dit « la page n’existe pas » ! Ah, j’savais bien, moi, que les barbares, ça existait pas !

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