État d’urgence

gyro

En ce moment, nous sommes parfois dans un endroit où il n’y a pas encore de wifi. D’où le silence des jours passés.

Depuis là-bas, loin de la COP21, j’ai vu que l’on avait assigné à résidence des militants écolos, que d’autres s’étaient affronté aux flics place de la République. Bref, l’état d’urgence, c’est un peu l’état permanent que souhaitent pas mal de Français, semble-t-il, à la lecture de sondages. Vous me direz, on s’y fait. Sur la route, j’ai croisé un contrôle de douanes, puis un contrôle de police lourdement armée. On vit avec. On évite juste de parler politique, de trop réfléchir à haute voix sur les questions de guerre et de terrorisme, en tout cas en dehors du cercle des bonnes connaissances. On apprend à la fermer. On vit sa vie sans rien changer. On se concentre sur ce qu’on a à faire. L’autorité s’occupe du reste. On devient des enfants. Ceux qui ne sont pas sages sont punis. On écarte préventivement ceux qui pourraient nuire à l’ordre public. C’est un peu la base de tout fonctionnement social. Dans ces circonstances, il s’agit d’une situation provisoire. Mais c’est aussi le moyen de voir grandeur nature ce qu’est la vie sous un régime autoritaire avec restriction des libertés et élargissement de l’arsenal répressif. Ça donne une idée du rêve politique de certains. Comme c’est l’état qui s’occupe de tout avec force démonstration et qu’on n’a pas voix au chapitre, puisqu’une majorité se satisfait de n’avoir surtout pas à penser à quoi que ce soit, en dehors de son petit confort personnel, ça peut marcher un bon petit temps comme ça.

C’est assez incroyable cette soif d’état fort (au-delà de l’état d’urgence actuel), sécuritaire, autoritaire, cette vision paternaliste qui marche souvent avec la nécessité imaginaire d’un homme fort (ou une femme guerrière) qui mène la barque. Redevenir enfant sous la tutelle d’un état fort. Perso, c’est pas mon rêve.

La seule chose qui rassure dans tout ça, c’est que l’enfance ne dure qu’un temps. Très vite, à force de ne plus pouvoir exprimer quoi ce soit, de subir l’autorité implacable (avec son inévitable lot d’injustices), les enfants finissent par se rebeller, cherchent à s’émanciper. Et les patriarches, à ce moment là, ils finissent toujours mal.

En caricaturant (suis-je capable d’autre chose ?), la droite forte, c’est le masculin. L’autorité. L’argent. L’ordre.

L’idéologie de gauche est mue, elle, par une démarche plus maternelle : une société qui protège, partage, qui assure à chacun sa subsistance, un toit, un couvert. C’est plus doux.

Quant aux utopistes, ils rêvent juste d’un peuple adulte, dégagé du masculin/féminin, de l’opposition autorité/protection. Un monde où chacun est responsable se sa propre vie et de celle des autres.

C’est peut-être notre difficulté collective à être adulte et responsable qui fige l’utopie au rang de modèle impossible et rend possible le passage de deux régions au Front National ou encore l’embrigadement d’une jeunesse derrière une secte religieuse guerrière et masculine où la femme est reléguée à l’arrière plan très lointain. On en revient toujours aux archétypes masculin/féminin.

Vivement le prochain retour au ponton, tè ! On ne change pas la psychologie d’un individu. Alors vous imaginez celle d’un peuple ! Pourquoi pas une peuple ? Une peuple adulte ?

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14 commentaires pour État d’urgence

  1. Pascale dit :

    Tu proposes donc qu’on se comporte en adulte pour faire face à la menace ?
    Imagine qu’il n’y ait aucun contrôle, rien. « On » dirait que l’Etat nous laisse dans notre caca.
    Moi, je ne pense plus.

    • Blog Blancan dit :

      Encore une fois, si tu lisais autrement qu’en diagonale, tu comprendrais mieux 😉 Je ne remets pas en cause l’état d’urgence actuel. Je parle de ceux qui rêvent la permanence de cet état… Mais bon, la prochaine fois, j’écrirai en grec ancien…

      • Pascale dit :

        Ben merci pour la lecture en diagonale.
        Tu dis quand même : « On apprend à la fermer. On vit sa vie sans rien changer. On se concentre sur ce qu’on a à faire. L’autorité s’occupe du reste. On devient des enfants. Ceux qui ne sont pas sages sont punis. » Du coup j’avais cru comprendre que tu reprochais une infantilisation. Mais bon, j’ai rien compris.
        Et je préfèrerais de loin le latin. J’étais une pointure en latin.

        Quant au passage démago sur la féminisation du bousin, j’ai bien ri merci 🙂

      • Blog Blancan dit :

        Ben, si je t’ai fait rire, tu me vois comblé. Non, parce que, faudrait voir à pas trop prendre au sérieux les conneries qui me sortent du clavier 😉

    • Pascale dit :

      Bon je suis rassurée… parfois je me dis qu’on enfin que JE te mets facilement les nerfs 🙂

  2. hetre dit :

    Comment ? c’étaient des écologistes ces mecs encagoulés et masqués qui jetaient des projectiles genre bougies qui étaient là en hommages aux pauvres gosses assassinés ?
    Ils avaient honte ou quoi?
    Depuis le Béarn on ne peut pas s’imaginer les réactions des parisiens bien pensants.
    Bonjour Bernard heureux quand même de te lire enfin.

    • Blog Blancan dit :

      Les mecs encagoulés, ils étaient aussi écolos que Bernard Cazeneuve. Tu en vois des écolos dans le Béarn, avec leur cultures bios, leur maison en paille. C’est pas le genre à porter la cagoule. Ceux-là n’on rien d’écologistes. Ce qui est con, c’est que ça porte ombrage aux gens qui luttent très paisiblement pour construire un rêve de paix, loin de la violence économique. Les cagoulés sont les mêmes casseurs qu’on retrouve à toutes les manifs pourries. Rien à voir avec le discours porté par les gens qui se battent avec des mots pour l’écologie. L’écologie est le contraire de la violence.
      Et ce n’est pas être bien pensant que de dire ça, Monsieur le Béarnais 😉

      • hetre dit :

        D’accord mais franchement je croyais qu’organiser COP 21 c’était déjà un grand acte écologique dont Bernard (encore 1) Cazeneuve était le garant sécuritaire.

      • Blog Blancan dit :

        Hé hé hé 😉 Si ça se trouve, c’est lui qui les a payés 😉 T’as vu le paquet de flics qu’il y avait ?

  3. serge barande dit :

    Salut Bernarde,
    Je reviens de la ponton. Tout était calme. La fleuve ronronnait tranquillement. Mais la Balou s’est roulée dans un bouse. C’est le merde ! Ça pue le vieil étable jamais torché !!!
    Mais bon, la paquet de clopes est toujours sous le gros pierre, et la grosse frêne toujours bien enracinée.
    Je me sens fatiguée, moi, ce soir…
    Mais sans satisfaction. I can’t get no.

    Quant aux autres encagoulés, les médias les ont plutôt qualifiés de « radicaux » que d’écolos. Encore heureux qu’ils soient restés polis et commencent à savoir trier sélectivement. C’est quand même le moment !… En revanche, ils n’ont précisé la couleur de la poubelle.

    Sur l’Urgence de l’État…
    Quand j’ai pris le TGV pour Poitiers, gare St-Jean, jeudi matin dernier à 8h25, je n’ai croisé que trois flics (2+une), peu armés (un simple Manurin à la hanche) et assez décontractés.
    Deux sentiments se sont alors confrontés en mon esprit (d’enfant-ça-me-sauve) :
    – soit rien ne craint, et ils le savent bien car on leur a notifié et veulent nous le faire partager…
    – Ou bien, ils ne savent pas grand chose (rien ne leur a été spécialement notifié), mais ne s’affolent pas pour autant, de sorte à rassurer le chaland.
    Je n’ai pas eu de réponse à tout cela…
    J’ai juste pensé à Mallarmé, par circonstance poétique et jeu de mot fugace.
    J’ai aussi croisé Vincent Lindon, venant mater le panneau des départs de TGV et tiquant à la vue que le sien (le mien) avait du retard. Lui non plus n’avait pas l’air affolé dans son par-dessus marine.
    Eh bien malgré tout cela, j’avais quand même l’impression de ne pas être totalement dans mon assiette, là, au beau milieu de cette gare en chantier-de-foutoir-de-travaux-partout, tout ce putain de brouhaha.
    Sûrement à cause de mes souvenirs perso d’attentat vécu.
    Mais bon… Tout ça pour dire que je préfère vachement les bonnes odeurs de cuisine paisible, à bien d’autres… Et ce qui se profile, au fil des urnes – sans produire de rimes riches… – me les brisent menues !!!
    De fait, j’ai pris un arrêté persoctéral : le ponton reste ouvert 24 heures sur 24 !

  4. Lydie dit :

    Aaaah… enfin une bonne nouvelle !!!
    C’est pas une publicité mensongère au moins, le ponton ouvert ??

    Ah non non non ça va pas ça ; faut d’abord qu’on fasse une réunion… pour savoir si on fera une réunion rillettes ou une réunion lentilles, quand même !

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