Mea culpa

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Bon, j’avoue que sous le coup de l’émotion (toujours elle, la traitresse), je me suis laissé aller à un article comme je n’aime pas en écrire. Un peu facile, prenant des raccourcis, sur un sujet pour lequel j’ai quelque a priori avoué. Ce n’est pas que je n’aime pas les agriculteurs. Ce que je n’aime pas, c’est ce qu’est devenue l’agriculture. Je pense à l’agriculture industrielle, envahissante, assujettie aux lois du marché, qui a perdu son rapport de proximité, qui est entrée dans des circuits qui dictent leurs lois, dans un monde marchand, celle qui se moque des chemins de randonnée, celle des paradoxes. Elle nous nourrit d’un côté et nous empoisonne en même temps avec tous les produits pourris juste destinés à assurer du rendement au détriment du reste. Les agriculteurs eux-mêmes s’empoisonnent en déversant des tonnes de pesticides. Ils ont même accepté sans rien dire les semences qui ne se reproduisent pas. Et ce que je reprocherais en fait aux revendications des agriculteurs, c’est qu’ils ne dénoncent jamais ce qui pourrit l’agriculture mais seulement les manques d’un système dont ils s’accommodent sans jamais le dénoncer.

L’an dernier, j’ai joué un agriculteur qui sort le fusil quand arrive l’huissier (Toril). Je n’ai pas eu de mal à jouer ce personnage dans lequel beaucoup devraient se reconnaître. Mais je ne vais pas pour autant prétendre donner des leçons sous prétexte que j’ai joué un personnage dans un scénario d’ailleurs très documenté sur le sujet. Simplement, en tant que citoyen, j’ai beaucoup de sympathie pour mon cousin, maraîcher bio, roi de la bricole et charmeur des étalages, qui sait pour qui il produit, en se foutant pas mal des gros circuits de distribution. Il ne rêve pas de devenir riche. Il ne fait pas d’emprunts pour se payer du gros matériel. Il s’organise pour gagner sa vie, se préserver quelques vacances en familles. Faire un boulot qu’on aime (c’est assez magique de faire pousser dans la terre), en dosant la contrainte et la nécessité. La seule chose qui fait fluctuer ses petites affaires, c’est le temps qu’il fait. Une année sera mauvaise, d’autres seront très généreuses.

Je sais bien que ça fait bisounours, le paragraphe qui précède. Mais je suis de ceux qui pensent que le système économique est pourri. L’agriculture qui s’inscrit dans se système l’est de fait. Ma sympathie va naturellement vers une agriculture respectueuse de l’environnement et du consommateur. Bien au-delà des modes récupérées par le business qui te colle du « bio » sur toutes les étiquettes. Voilà pourquoi, quand je vois une jeune nana qui se fait dégommer par un bourrin pendant que d’autres manifestent, je me laisse aller à l’amalgame un peu facile, voire même pourri. Ces amalgames que je dénonce par ailleurs. De ces deux événements qui n’ont rien à voir, s’est réveillée en moi une colère plus profonde qu’un simple rejet des mouvements sociaux.

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29 commentaires pour Mea culpa

  1. Bonsoir Bernard 😉 Émotion légitime et colère totalement justifiée … Il est normal que les agriculteurs puissent vivre dignement de leur activité mais pas les destructeurs des sols…. Les éleveurs, oui, mais pas les kapos de l’élevage concentrationnaire industriel.
    Cela fait des dizaines d’années que la filière est engagée sur la voie périlleuse du productivisme sans éthique prônée depuis les années 50 par la FNSEA dont on ne dénoncera jamais avec assez de force la responsabilité dans le désastre actuel, entre sols en vie de stérilisation et animaux de batterie élevés dans des conditions indignes.
    Grosse colère quand on constate ce que sont devenus certains qui ont cédé aux discours suicidaires de la FNSEA et transformé au fil du temps les vrais paysans respectueux de leur terroir et de leurs bêtes en supplétifs de la grande distribution.
    A l’évidence, tout le système productif français doit être revu pour s’aligner sur ce qui fonctionne : les productions de qualité, respectueuses de l’environnement et des conditions de vie animales, et destinées à une distribution en circuits courts.
    Des paysans – ceux qui méritent encore ce nom – travaillent de cette manière, à l’écart des grands réseaux, des manipulations de la FNSEA, et sans bénéficier des primes de Bruxelles. Or, cela marche pour eux. Certes, ils ne gagnent pas des fortunes et n’ont pas les moyens de se payer des monstres de 250 CV* pour travailler leurs sols, mais ils vivent de leur activité en produisant de la qualité, et cela dans la dignité !
    * Une course débile à l’hyperpuissance inutile qui a contribué à plomber de nombreuses exploitations.

    • Blog Blancan dit :

      Merci Thierry. Il y a aussi ces systèmes de contrôle par satellite qui vérifient les parcelles, les cultures, les points d’eau, etc… On comprend qu’ils finissent paranos.

      • anita dit :

        kaxu ! « agriculture raisonnée » est une dénomination sortie tout droit des bureaux des chambres d’agriculture (la plupart aux mains de la FNSEA) et signifie que les pratiques correspondent à des exigences comme par exemple noter sur un cahier les quantités d’engrais et de pesticides épandues. Elle ne signifie pas la non-utilisation de ces produits. Et comme le terme est bien choisi il entretient la confusion et on a vite fait de s’y perdre.

      • Blog Blancan dit :

        Tu as raison de préciser pour « l’agriculture raisonnée ». On se laisse vite avoir par les mots 😉

  2. Philippe.sarro dit :

  3. Philippe.sarro dit :

    Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »

    Et le colibri lui répondit :« Je le sais, mais je fais ma part. »

  4. Pascale dit :

    Je m’absente et ouf rien ne change ou presque…
    Toi t’es toujours en pétard, y’a de la poésie cuicuibisounours…
    Mais le Barande, i fait quoi ? I s’écoute plus écrire ???

    • Blog Blancan dit :

      Tiens, Pascale ! Elle était où encore ? À Annonay ? Bon, pour le changement, c’est pas maintenant…

    • serge barande dit :

      J’étais au calme, au ponton. Je lisais des étiquettes de bons crus et regardais les cormorans passer, le soir au-dessus des barges. Pourquoi ?

  5. Philippe.sarro dit :

    oui, elle nous Ânnone.

  6. Philippe.sarro dit :

    Avec l’accent circonflexe s’il vous plaît.

  7. hetre dit :

    Tes 2 articles sont seulement complémentaires. Le deuxième justifiant le premier.
    Il y a quand même une moralité dans l’histoire, c’est qu’il vaut mieux bloquer une 4 voies avec du feu et de gros engins agricoles utilisés comme arme de guerre, voire de polluer des villes avec du purin, que de déchirer la chemise en soie d’un semi-fonctionnaire.

    • Blog Blancan dit :

      Ben ouais. De toute façon, maintenant, les ouvriers, ils font chier. Ils ont du boulot. Ils n’ont qu’à fermer leur gueule (je précise pour ceux qui ne captent pas le second degré que je pense le contraire de ce que j’ai écrit 😉 )

      • Philippe.sarro dit :

        Ouvrier ? mais il n’y a plus d’ouvrier ou presque plus. On est tous prolétarisé même le chef de l’Etat.

      • hetre dit :

        De toute façon ton cousin, s’il lui prend l’envie de manifester et qu’il bloque la rue avec sa brouette, il n’y a que lui qui ne pourra pas passer.
        Heureusement qu’il y en encore comme lui dans nos contrées.

      • Philippe.sarro dit :

        Et ce projet de réforme du droit du travail de El Khonnerie , même Attali dit qu’il y a des choses hallucinantes dedans.

      • Blog Blancan dit :

        Non mais là, je ne peux même pas dire que les bras m’en tombent. Ils sont déjà tombés… 😉

  8. serge barande dit :

    La Garonne est en crue.
    Je répète…
    La Garonne est en crue…

    • Blog Blancan dit :

      Message reçu, je répète, quelle heure il est…

      • serge barande dit :

        Je sais pas, j’ai pas de montre.
        Mais ne mange pas le colibri. Trop maigre. Rien à bouffer sur ce genre de bestiole.
        Y a bien un cure-dents un peu tordu au bout de sa tête… mais pour quoi faire puisque y a rien à bouffer derrière ! Dieu s’est encore planté dans sa période « création ».
        Quoiqu’il a quand même créé un oiseau-abeille… Pas banal.
        Si t’as le 06 de Darwin, ça m’intéresse. Pour partages et réflexions conceptuelles.

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