Avé César (+ blabla)

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Hier nous sommes allés au cinéma en groupe. Nous étions neuf. Nous avons vu Avé, César ! Des frères Coen. L’avis général : mouais, pas mal, mais bon, où ils veulent en venir ? C’est une critique du cinéma Hollywoodien ? Un hommage ?

Ben, j’étais le seul à être totalement enthousiaste (une fois n’est pas coutume). C’est pour moi un des, voire le meilleur film des frères Coen.

Chaque spectateur perçoit un film à sa façon, avec ce qu’il est au moment où il le voit. Et il s’est trouvé que, pour ma part, je me suis trouvé en parfaite résonnance avec le film. J’y ai vu un film sur la foi et la croyance au sens large, sur la faculté que nous avons, collectivement, de nous glisser dans des rêves, des utopies, des croyances, à travers des images. En dehors des scènes qui traitent directement du religieux, il n’est question que de ça. Les magnifiques séquences de ballets aquatiques ringards nous racontent les projections d’une société dans laquelle l’individu n’est qu’un élément d’un groupe plus vaste qui crée du beau. Le rêve d’un monde idyllique dans lequel chacun a sa place. Dans les séquences de claquettes, c’est la virtuosité des corps qui est mise en avant, toujours avec des chorégraphies d’ensemble où le soliste fait des merveilles. Sentiment d’appartenance à un groupe soudé, chantant, dansant, efficace et agile, avec des individus particulièrement doués. Encore une vision du monde.

Quand la star revient après avoir été enlevée par les communistes (remarquable scène du sous-marin soviétique !), il tient, en plein syndrome de Stokholm, un discours sur les studios d’Hollywood pouvant ressembler à celui des complotistes d’aujourd’hui : « on nous manipule ». Le « on » représentant une entité théorique et lointaine, tirant sur les manettes dans l’ombre pour assujettir davantage le peuple. Ainsi, le politique rejoint-il le religieux. Et Dieu, que tout cela est dérisoire ! Le film traduit merveilleusement cette vacuité à travers ces petits humains qui courent après leurs rêves et en fabriquent d’autres.

Et de fait, ce film n’est pas un film sur un cinéma hollywoodien suranné, mais il parle de notre époque, avec une grande lucidité.

Ce midi, par exemple, j’entendais parler des « réfugiés de Calais » que l’on voulait expulser. Si l’on est socialiste de droite, de droite carrément, voire pire, on pense religieusement qu’il faut endiguer le flot, faire des murs, éviter l’invasion. On a encore l’image d’une France à béret et baguette de pain, à bouquets de fleurs, églises, flonflons et accordéons. On a peur du chaos provoqué par l’arrivée d’étrangers sur nos terres. Pourtant (le Pape François ne dit pas autre chose, pour utiliser l’image de quelqu’un dont se réclament souvent les plus rebelles), l’évidence objective est qu’il est naturel que des peuples s’exilent pour fuir les bombes, la misère ou les dérèglements climatiques. C’est dans l’ordre des choses. Le rôle des nantis est de secourir ceux qui sont en détresse et d’envisager collectivement les moyens de résoudre les causes de ces exils. Accueillir d’abord, résoudre ensemble ensuite. Ce n’est pas une position politique mais logique et naturelle. Mais au lieu de cela, on répond par des bombes, on achète la Turquie pour retenir le flot. Mais ce « on » là n’est pas une entité lointaine. C’est nous. Les gens que nous avons élus. Qui nous représentent, en France, en Europe.

Le monde qui ne tourne pas rond, qui génère des injustices chaque jour, partout, il n’est pas manipulé par des illuminatis ou des francs-maçons qui se réunissent secrètement, ni par des extraterrestres. C’est nous qui le faisons. Rien n’est figé. Rien n’est définitif. Les premières solutions ne sont pas derrière des écrans ou des drapeaux bariolés mais dans les actes et la parole de chacun. T’es pas content ? Agis ! Ensuite, pour rassembler, changer ensemble, on a besoin d’un rêve commun. Choisis bien le rêve derrière lequel tu veux bien courir s’il est un moyen d’aller vers un monde meilleur.

La croyance et la foi sont futiles et illusoires, par définition. Pourtant ce sont ces rêves qui font notre humanité, qui rassemblent les hommes le temps de révolutions, de combats collectifs menés par quelques fous illuminés et qui finissent par profiter au plus grand nombre. Si la foi repose sur une illusion, elle est d’une telle puissance qu’elle peut finir par agir sur le réel. On peut être conscient de son statut d’illusion, de sa fragilité et choisir de la suivre quand même et de la nourrir.

La réalité de notre monde est à l’image de notre humanité, veule, égoïste, soumise ou conquérante. Heureusement, il existera toujours quelques imbéciles à l’œil brillant pour nous faire avancer. J’exclus de ceux-là ceux qui baignent dans des fois mortifères et destructrices, cela va de soi.

Vive la foi, l’illusion, le cinéma et les frères Coen !

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12 commentaires pour Avé César (+ blabla)

  1. serge barande dit :

    Commémoration du centenaire de la bataille de Verdun… Piqûre de rappel.
    Les bombes ont toujours fait fuir les civils. En temps de guerre, civils rime avec exil. Cent ans après, c’est toujours pareil. L’Histoire change et se répète.

  2. Si ce n'est lui , c'est donc l'autre dit :

    Georges Clooney = Ersatz américain de Bernard Blancan !

  3. pascale265 dit :

    Trop de blabla anéfé. Mais ce film c’est dla balle. Quelles performances d’acteurs ! Quelle virtuosité ! Un siècle de cinéma en deux heures. Tout ce que j’aime. Ceux qui boudent méritent les Touche.

  4. pascale265 dit :

    Les TUCHE.

  5. Je ne sais pas si j’irai voir le film mais votre blabla sur la foi et les rêveurs, alors là, j’en redemande… (sans parler de l’imbécile à l’œil brillant)

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