Mercredi, j’ai promenade…

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  1. Le grand Patron fait sa sieste dans un transat. Sur le mur qui lui fait face, un téléviseur diffuse les images du Président.

Le président : À la fin de mon mandat je demande à être jugé sur une seule chose : le chômage !

Le patron ouvre un œil et sourit. Il saisit la télécommande, éteint son téléviseur, se lève et s’installe à son bureau. On frappe à la porte tandis qu’il est en train de remettre un peu de géométrie dans ses accessoires de « travail ». Le Président entre.

Le Président : Bonjour Grand Patron. Vous avez entendu mon discours ?

Le Grand patron : Mouais…

Le Président : Pas mal, non ?

Le Grand Patron : Écoute, François, j’ai pas trop de temps, là. Si tu veux gagner un second mandat, je t’ai fait une liste des choses à faire. Il faut nous enlever des taxes ici et là. Ça fera 41 milliards, grosso modo. Tu nous fais ce petit geste et nous, on embauche. Promis.

Le Président : Donc, le chômage va baisser ?

Le Grand Patron : C’est promis. C’est le prix à payer. C’est pas si cher.

Le président : Heu… si je vous fait heu… un tel heu cadeau, est-ce qu’on peut noter quelques part les contreparties que l’on exige des patrons ?

Le Grand Patron : Contreparties ? Contreparties ? T’es devenu fou, François ?

Le Grand Patron simule une petite crise cardiaque. Le Président accourt à ses côtés et lui éponge le front à l’aide d’un mouchoir en papier.

Le Président : Non, non, ne vous inquiétez pas, Grand Patron. Ça sera un cadeau sans contrepartie. Craché juré !

Le grand Patron : Va-t’en, je suis épuisé !

Le Président : Bien Grand Patron. Merci, Grand Patron…

 

Trois ans plus tard.

Le Président : Dites-donc, je viens de voir les chiffres… Heu… L’économie, on dirait bien que ça repart, mais les emplois… Ben rien à l’horizon.

Le Grand Patron : Ah oui, les chiffres… C’est pas trop mal, en effet. Mais pour l’emploi, mon cher François, le problème c’est que mes copains, ils aimeraient bien embaucher (puisque ça va mieux). Mais voilà, le code du travail qui protège les salariés, ça fait peur. C’est lourd, tout ça. Ça engage trop d’embaucher. Le problème, c’est pas l’emploi, c’est le licenciement, tu comprends. Si mes copains peuvent avoir des contrats plus souples, moins de contraintes sensées protéger les salariés, plus de souplesse quoi… Tu vois, s’ils se disent qu’ils peuvent licencier quand ils veulent et faire travailler autant qu’ils veulent, ben, ils auront moins peur d’embaucher. Et ton chômage, François, ben, il baissera.

Le Président : Ah bon ?

Le Grand Patron : Comme je te le dis. Et qui c’est qui pourra se représenter ? C’est toi, mon François !

Le Président rougit légèrement.

Le Président : Bon ben heu… ce que je vais faire, je vais faire une loi pour assouplir tout ça. Et vous, en contrepartie…

Le Grand Patron : Tu veux m’énerver, encore, avec tes contreparties ?

Le Président : Heu, pardon…non, non, pas de contrepartie. On fait comme tu dis. Heu… comme vous dites. Pardon, Grand Patron !

 

9 mars 2016. Beaucoup de monde dans la rue. En tout cas, j’y serai.

 

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19 commentaires pour Mercredi, j’ai promenade…

  1. Bravo pour ce dialogue pas si surréaliste que cela, qui énumère opportunément un certain nombre des dérives patronales et de l’asservissement politique, la vue bouchée par leurs œillères, seuls les plus fidèles partisans du libéralisme décomplexé ne veulent pas voir.
    C’est en grossissant le trait comme il le fait que l’on peut éclairer l’opinion sur l’écœurant cynisme et la voracité sans limite du grand patronat.
    Je précise « grand patronat » car il convient tout de même de ne pas mettre tous les petits patrons de PME-PMI, et a fortiori de TPE, dans le même sac que les dirigeants du Cac40 ou des filiales des grands groupes industriels et financiers.
    Nombre d’entre eux travaillent en effet copieusement et dans une ambiance de respect mutuel entre la direction et les ouvriers ou employés. Mais ce ne sont pas ces patrons-là que défend Gattaz et que le trio Hollande-Valls-El Khomri aidé par Berger, chantre de la CFDT, et qui entend brosser dans le sens du poil au mépris de tous ceux qui les ont portés au pouvoir.
    D’où l’utilité d’un petit papier comme celui que tu viens de rédiger car il contribue à remettre les pendules à l’heure. Puisse-t-il contribuer également à mobiliser l’opinion pour lutter efficacement contre la fuite en avant ultra-libérale qui menace non seulement de justes acquis, mais aussi le modèle de société qui a fait notre pays.
    Il n’y a qu’un chemin à prendre, celui de l’unité, de la lutte et de la rue, pour envoyer ce texte honteux, indigne de la République, dans les poubelles de l’histoire ! C’est le moins que l’on puisse espérer. Belle soirée à toi 😉

    • Blog Blancan dit :

      Ce qui m’étonne, c’est qu’ils n’aient pas capté à quel point c’est la gauche qu’ils provoquent avec cette mesure. Ils étaient plusieurs à droite à applaudir le texte proposé. Ils sont déjà détestés de la droite. Il y a un truc qui m’échappe dans la stratégie du calendrier. Ou alors, ils veulent le bordel, réveiller une conscience anti-libérale et positionner un de leurs pions au bon moment (ça ne peut pas être Hollande, en tout cas). La politique est un drôle de jeu, vue de leur côté.
      Bref, je ne comprends pas ce que vient faire cette loi pourrie à ce moment.

      • Questionnement légitime et pertinent … Hollande – qui a bien appris son Mitterrand – par le biais de cette loi abominable, fait un calcul qui essaye de tenir compte de cette déportation à droite du spectre politique national. Son action depuis 2012 est, avec de moins en moins d’hésitation, conforme à celle de Blair ou Schröder : l’ultra-libéralisme assumé sur la plan social et économique et l’autoritarisme contre le mouvement ouvrier et les libertés démocratiques. Bien entendu ce choix conscient et volontaire et qui est stratégique pour le PS, n’est pas exempt de calcul tactique. Avec la précarisation générale du salariat et la criminalisation des chômeurs et des syndicalistes, Hollande peut espérer une baisse des chiffres du chômage et fort de son socle électoral, il peut espérer arriver à se qualifier au forceps pour le deuxième tour des présidentielles. Et gagner contre Le Pen en ayant donné des gages à la droite et au patronat. Calcul risqué… En tout cas, fin prêt pour les manifs du 9 mars en partant de Béziers vers Narbonne … créer un rapport de force social, c’est l’absolue priorité … Bonne soirée à toi 😉

  2. Lydie dit :

    … le 9 mars… du monde… dans la rue… ?
    Carnaval ?

  3. serge barande dit :

    Pour rester dans la fiction réaliste illustrant la situation, je propose que tous les manifestants défilent en marchant sur la tête !
    Message fort !

    • Blog Blancan dit :

      Heu, déconne pas. Je vais à la manif, moi, et j’ai pas envie de me décoiffer.

      • serge barande dit :

        M’ouais… L’Acteur qui nous fait le dandy-du-tif, maintenant !…
        Mais t’es jamais réellement « coiffé », toi, comme on l’entend chez Provost & Fils.
        T’as juste un rangement des poils de la tête à peu près cohérent… Quoique… Bref ! Le minimum syndical de l’intermittence du spectacle… D’ailleurs adoubé par le doc des assurances.
        Donc ça baigne ! Tu peux donc y aller franco en toute gymnastique manisfestive !
        Prend un peigne au cas où, cette manif devrait défriser grave !
        Et s’il le faut, j’opte pour que les chauves, les rasés du caillou, les Chymios et les Albinos (y a pas de raison d’exclure quiconque) figurent bien au premier rang.
        Ça nous changera des responsables syndicalistes et autres enrubannés-bien-propres-sur-eux !
        TOUS SUR LA TÊTE !!!

      • Blog Blancan dit :

        Je suis pas con. Les manifs, je les quitte avant la fin. C’est là que ça défrise. À la fin 😉

  4. serge barande dit :

    Et merde… J’oubliais….
    Mais y a le Balou, là… – mon quadrupède blondinet – qui me serine pour que j’informe bien mon prochain que lui il est prêt ! Il a prévu le coup… Il a conçu un vrai plan d’attaque.
    Pile-poil au taquet ! Ses dents sont bien sales, bien entartrées et infectées. Son haleine fétide de putois et ses muscles, bien entretenus. Et sa haine des cons… itou !
    Le tout, bien étudié pour infester de sa salive contaminante tout mollet de malfaisants encarapacés de noir, chargés de faire « régner l’ordre ».
    Me rajoutant que les lacrymo il s’en secoue grave son « restant de nouille », vu que les effluves s’envolent… Et qu’avec son 22 cm au garrot, y se marre de toute cette dépense de deniers publics (« nos impôts » qu’il précise ce petit con…), qui ne fait qu’aggraver la dette globale du pays.
    Il est trop fort !
    Même dans un tel cas, il a l’art de nous faire réfléchir sur le budget de l’État… Il a dû lire Bernard Maris…
    Je vous laisse, faut que j’aille l’embrasser !
    BHL, à côté du Balou…. pffffoouuuu… C’est…… Comment pourrais-je formuler cela ?
    Un tapioca industriel en comparaison d’un Basmati Bio ?…

  5. Lydie dit :

    Ça va Bernard ??

    Tu faisais tes vocalises ?

  6. Lydie dit :

    T’es vraiment en colère ou tu fais semblant ? … parce que ça fait peur, hein… !

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