Les veilleurs

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Passé devant le nuit debout de ceux d’Oberkampf (ceux qui ont un verre à la main et se composent des airs sympas-comme-tout) pour rejoindre la vraie Nuit Debout, celle dont le commentateurs du Figaro, la petite droite des bas du front, des étriqués, des coincés du col, des hypocrites disent par exemple « heureusement qu’ils ont le RSA, sinon ils seraient obligés de travailler » Pourquoi, connard, ils embauchent tes connards de copains les patrons ? ou encore « ils veulent un monde sans guerre, de justice, d’égalité, sans frontières… ils feraient mieux de voir la réalité en face ou aller vivre sur mars ! ». Connard encore ! La réalité ils la voient comme toi, à la différence qu’ils espèrent la changer tandis que toi tu t’y vautres, tu t’y englues, dans cette réalité de merde et je suis certain que tu en profites de la façon la plus égoïste possible.

Dans le Figaro toujours, un article que je ne retrouve plus et qui titrait à propos de La Nuit Debout « le crépuscule des bobos » et ajoutait, on ne voit pas beaucoup de prolétaires. Connards ! Un bobo, c’est le nom qu’on donnait aux bourgeois bohèmes, ces gens qui avaient un niveau d’instruction, un goût pour le culturel, des métiers correctement rémunérés et qui gardaient des opinions de gauche, une ouverture d’esprit pour la vie à la cool, l’art, l’écologie, qui avaient troqué le costard pour le jean et la chemise ouverte. Si les bobos c’est les mecs du PS qui sont au gouvernement, ben on s’en fout de les appeler bobos. Ce sont juste des bourgeois libéraux qui ont gommé leurs valeurs humanistes. Mais, maintenant, dans la bouche des connards de droite, tout ce qui pense à gauche, est anticapitaliste, écolo, altermondialiste, s’insurge contre le sort des réfugiés, s’appelle bobo. Pour les mecs de droite, Sarko à leur tête, tout ceux qui ne pensent pas comme eux sont des bobos. Bobo, c’est devenu dans leurs bouches aussi méprisant que soixante-huitard. C’est tout ce qui leur échappe, qu’ils ne comprennent pas et qu’ils exècrent. Des bobos, les jeunes qui veillent place de la République ? Quant aux prolétaires, dans la bouche d’un mec du Figaro, c’est quoi au juste ? J’aimerais bien savoir l’image qu’ils se font de ce qu’ils appellent « prolétaire ». C’est quoi, un prolétaire, aujourd’hui ? Quelqu’un qui se fait exploiter par son patron ? Qui bosse pour un salaire de merde ? Qui bouffe les saloperies qu’il peut se payer ? Qui est au chômage ? Ben les prolétaires, alors, c’est l’immense majorité de la population qui pourtant joue à se faire croire que tout va bien, qu’il y a pire ailleurs.

Mais pourquoi parler des mecs de droite ? Parce que ce sont eux qui sont en embuscade, ceux qui attendent impatiemment que leur tour revienne. Eh bien, j’avais envie de leur dire que leur vision de la société, ils peuvent se la garder et qu’un peu partout nait un truc qui n’est pas un crépuscule, contrairement à ce qu’ils croient, mais une remise en question profonde de leur capitalisme pourri qui montre chaque jour ses limites. Alors oui, les Nuits Debout, c’est un truc sans doute un peu vain face à l’ordre du monde qui tourne à l’envers, qui a oublié l’humain depuis trop longtemps. Une colère monte doucement et elle vient donner un peu d’espoir et de rêve dans la tête des gens. Ce n’est pas la révolution, mais ça a le mérite de mettre des mots sur nos maux, de dénoncer ce qui cloche. Et rien que ça, ça fait un bien que vous n’imaginerez jamais dans vos tristes têtes. Bavez, crachez, toussez, envoyez la police ! Ces paroles collectives laisseront des traces. Un peu d’humanité aide à vivre.

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24 commentaires pour Les veilleurs

  1. super, merci. Y’a ceux qui ont encore envie d’y croire d’un côté, et il en faut de la force pour avoir encore envie d’y croire, et les fossilisés de l’autre. J’ai l’impression que ce genre de torchon, c’est du carburant pour La Nuit Debout.

  2. Pascale dit :

    C’est beau cette tache de rouge sur le tableau. Je ne sais plus quel peintre disait « un tableau est réussi, s’il y a une touche de rouge ».
    Hors sujet ?
    Et alors !

  3. Lydie dit :

    Très bel article.

    Mais te fâche pas trop quand même, pour éviter l’ulcère ! 😉

  4. hetre dit :

    Ce n’est pas parce qu’Anselme doit garder la barbichette que tu dois te mettre dans tous tes états en lisant le Figaro.

  5. serge barande dit :

    Merci ! Tu ravies mon dimanche soir Bernard.
    Le Figaro, c’est juste utile quand t’as tes chaussures trempées. Tu roules des feuilles en boule, tu les glisses dans tes pompes, et le lendemain matin, tes godasses sont sèches.
    En revanche, faut surtout pas utiliser le Figaro pour allumer ta braise, ça risque gâcher ta grillade. Cause émanations nocives. Un peu moins que Minute, mais pas loin…
    Forcément que ça les gonfle à ces gugusses de revoir pointer chez « la Jeunesse » un courant puissant de militantisme et d’idéaux. Ils pensaient finalement bien l’avoir éteint, occis, avec leurs courants de pensées assénés au fil de leurs feuilles.
    Ben non ! Les nanas et les mecs ils restent bel et bien debout, et ne sont pas prêt de se coucher. De toute façon ils n’achètent pas ce « journal ». Même pas pour se torcher, ça abimerait leur joli petit fion.
    Pi t’as parfaitement raison, y a pas de bobos, juste des filles et des gars qui ressentent de futurs maux et emmerdement en leur futur.
    Sont un peu couillons les cracheurs d’encre du Fig !
    Ça les occupe, y perdent pas leur taf comme ça. Y crachent leur encre dans le sens où on leur dit de la cracher, et se targuent d’appartenir à la presse indépendante…
    Putain que je me marre !!! D’ici qu’ils forment un groupe de pensée et nous pondent une thèse sur la déontologie de la presse…
    Les bonnes raisons de ta colère…

  6. Lydie dit :

    Déontologie de la presse… à ne pas confondre avec l’éthique de la presse ! 😉

  7. Thierry de Saint-Chinian dit :

    Chacun pourra constater que le pouvoir bourgeois fait donner la grosse artillerie sur les médias qu’il possède, le Figaro en tête de gondole ….
    Le Code du Travail serait une forteresse défendue par ceux qui ont du travail contre les chômeurs !
    Ils ne reculent devant rien. Opposer les 80% d’actifs qui ont encore un travail au 20% qui n’en ont pas, il fallait oser. Ils l’ont fait.
    Rappelons que la situation économique de la France est en grande partie due aux délocalisations massives vers les pays à bas coûts sociaux, fiscaux et écologiques mais pas seulement. La sous traitance esclavagiste des grands donneurs d’ordre comme la Distribution ou l’Automobile qui ruine les PME, le manque d’investissement dans la Recherche développement, le choix imbécile et petit bras de l’exportation à tout prix qui conduit à la recherche du plus bas coût et donc de la médiocrité.
    Les seuls secteurs qui marchent bien sont, au contraire, ceux qui visent le haut de gamme, la qualité.
    C’est plus facile de reporter la responsabilité de sa faillite sociale sur ceux qui n’en portent aucune plutôt que sur ceux qui financent vos campagnes électorales et vos « Think Tanks » comme ont dit quand on veux être « in » … Thréard, Rioufol, Meeus et tout les plumitifs du Figaro commencent à saliver d’avance. Bonne soirée Bernard 😉

  8. Sarro Philippe dit :

    Il y a les bobos et les NAP (Neuilly, Auteuil, Passy)

  9. Sarro Philippe dit :

    Un prolétaire est quelqu’un qui a perdu ses savoirs faire, ses savoirs vivre et ses savoirs conceptualiser, c’est pas forcément un quelqu’un qui est paupérisé.

    Ceux qui disent que ceux qui participent à Nuit Debout sont des branleurs, ils sont aussi prolétarisés dans l’esprit.
    Alan Greenspan est aussi prolétarisé car il a dit après la crise des subprimes qu’il ne comprenait plus comment fonctionnait les marchés.

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