Volé en terrasses

Café_en_terrasse

Conversation 1

Paris. Milieu d’après-midi. Soleil. Terrasse de café en trottoir de la rue de Ménilmontant. Deux femmes sont attablées devant un café-verre d’eau. Une petite cinquantaine chacune. Les deux ont le visage marqué qui raconte possiblement l’alcool, les médicaments et les coups durs. Le visage de l’une d’elle garde les marques d’une beauté glaciale qui a dû en faire se retourner plus d’un, les yeux clairs, les cheveux blonds tirés par une queue de cheval. Sa voix sonne très Versailles.

Elle : Il n’y a pas à dire, le XXème reste beaucoup plus économique que le 8ème, le 15ème ou même le XVIIème ! Mais dis-moi, ça me fait plaisir de te voir. Tu as l’air plus détendue, plus ouverte, plus sereine, moins revancharde. C’est vrai, les dernières fois que je t’avais vue, tu donnais l’impression d’en vouloir à la terre entière. Là, tu fais plus celle qui prend les coups de la vie avec philosophie, avec plus de recul. Tu vois ce que je veux dire ? On dirait que tu vas mieux.

L’autre : Ça me fait plaisir que tu me dises ça.

Conversation 2

Limoges, Place de la République, restaurant de l’hôtel chic. Un homme seul, la soixantaine, l’iPhone rivé à l’oreille. Il a terminé son repas.

Lui : Le pays ne tourne pas rond. Rien ne va. Il ne faut pas s’étonner qu’on soit à la traîne sur tout. Oui, cette imbécile de Bénédicte, elle n’a pas été foutue de négocier une reprise de son ancienne voiture. Quelle idiote. Je ne peux pas m’occuper de tout, j’en peux plus de ce pays. Oui, mais t’as vu ce qui est arrivé à Macron ? J’ai eu ton conseiller, ce matin et il me dit de faire la déclaration au fisc… Mais non ! Si on ne dépasse pas les cent trente millions, ça passe comme ça. Sceaux, ça ne pose pas de problème, mais c’est l’appartement de Paris. Je te rappelle qu’il avait été grassement estimé par ce cher monsieur du fisc en 2011. Non, mais, si on ne dépasse pas les cent trente millions ça passe, mais je crains qu’on les dépasse. Écoute, tu fais comme tu veux, tu déclares ou pas. Je te dis simplement ce que m’a dit ton conseiller. Si tu veux, je peux m’en occuper. Tu vois, si on dépasse de cent mille ou deux cent milles, c’est dérisoire ce que ça fait d’impôt. Mais il vaut mieux payer ça que de risquer se faire redresser ! Non mais j’en ai marre de ce pays qui tourne à l’envers.

Conversation 3

Depuis le balcon de l’hôtel, troisième étage. 21:15.La ville passée à droite s’est équipée d’une police municipale démonstrative. Trois policiers municipaux, deux hommes et une femme. Les trois sont en surpoids. Ils invitent des groupes de jeunes et moins jeunes, parlant fort, sans doute un peu alcoolisés de dégager. Une partie du groupe s’éloigne immédiatement. Un jeune à casquette va à la rencontre des flics et leur dit de façon animée qu’ils ont le droit de rester entre potes sur la place. Le premier groupe lance des insultes de loin. Grosses merdes ! Connards ! Mais voyant que des deux policiers mâles se tournent vers eux, ils s’en vont. Le jeune à casquette retourne sur son banc. Ils ne sont plus que trois. La police municipale remonte en voiture et s’en va. Tout est en ordre. Les terrasses peuvent continuer à déverser leurs conversations.

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11 commentaires pour Volé en terrasses

  1. claude dit :

    V’là ce que j’aime : l’esprit du roman (ou du cinoche, d’ailleurs). Pas de parti pris (enfin, juste en filigrane), on donne à voir, point barre. Et c’est beaucoup plus parlant (c’est le cas de le dire ici.) Les invectives, les pamphlets, les libelles, les philippiques et autres indignations époumonées et apoplectiques, bah…
    Tiens, j’arrose ça avant de reprendre la plume : 7 heures du mat, c’est l’heure de mon scotch de mise en train…
    Salut !

  2. Pascale dit :

    Mais qu’Est-ce qu’ils ont volé ? j’ai rien compris.

  3. serge barande dit :

    Un appartement à Sceaux reste plus économique qu’à Paris, surtout dans le 8ème, le 15ème ou même le 17ème. Quant à la Place des Vosges, même pas en rêve.
    Je vais peut-être me rabattre sur Limoges pour m’acheter un petit pied à terre… Quoiqu’il paraîtrait que c’est bourré de caméras et de flics municipaux qui font du bruit après les mômes qui en font.
    Je crois que je vais renoncer, finalement. Je vais rester sur les bords de Garonne. Avant qu’ils installent une caméra pour surveiller les ragondins, y a encore du chemin.

    • Blog Blancan dit :

      Combien il coûte, ton ponton ?

      • serge barande dit :

        Bien plus que des sous… Mon Dieu !…
        C’est une monnaie locale… Inestimable.
        Une monnaie de sentiments… Mais je ne t’apprends rien !…
        Les souvenirs et le bien-vivre au quotidien, en ces lieux,… n’ont pas de prix !
        La Liberté de ces rivages-là ne s’achètera jamais.
        Ils portent trop de poésie en eux pour, qu’un jour, ils soient à vendre…
        Et j’y prendrai toujours bien grand soin !
        Poil aux ragondins !
        Miracle lieu béni des Dieux !!!

  4. Lydie dit :

    Alertalerte !! Bernard vous écoute… 😉

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