Hier soir, l’avant-première !

jamo

Hier soir, c’était plus que complet au Reflet Médicis pour l’avant-première de Cosmodrama. Il y avait là une bonne partie des fans de longue date des films de Philippe Fernandez. Parce que oui, Philippe Fernandez offre un cinéma si original depuis le début, qu’il génère ce phénomène des addicts qui attendent le prochain, parce qu’ils savent qu’ils retrouveront l’univers singulier qu’il trimbale et l’assurance d’une nouvelle surprise.

Je ne vous ferai pas croire que c’est un film facile au sens où on l’entend (film d’action ou psychologique, où la dramaturgie règne en maitre en jouant avec vos émotions). Cosmodrama, propose au contraire de prendre le temps de replacer l’humain au centre du dispositif dans son questionnement essentiel « qu’est-ce que je fous là ». Cette question s’appuie toujours sur l’observation du réel censé donner des réponses. Quand on a affaire à des personnages pour qui la question est devenue centrale, presque unique, obsessionnelle, fatalement, ils explorent les connaissances scientifiques sur l’univers.

Ils le font dans Cosmodrama comme tous ces personnages burlesques monomaniaques. Ils se prennent au sérieux, mais le réalisateur, lui, s’en amuse. Et de fait, il se crée un univers dans lequel les questions métaphysiques deviennent un jeu et les situations, celles d’un cinéma proche de Jacques Tati. L’homme devient tout petit et misérable sous le poids de cette énorme question. Et le spectateur, ça le fait rire. Et il a bien raison puisque c’est ce que cherche Fernandez : nous faire sourire de notre fol espoir de réponses. Chacune d’elle donnant naissance, fatalement, à de nouvelles questions.

Ce regard quasi documentaire sur l’Homme face à l’univers, Fernandez lui donne chair dans son casting et sa direction d’acteur. On n’est pas étonné de trouver Jackie Berroyer dans cet univers loufoque. Personnellement, j’en suis comme un petit fil conducteur gesticulant de l’ensemble de l’œuvre du réalisateur. Mais surgit aussi un dessinateur de BD devenu psychologue, Émmanuel Moynot, la prof d’espagnol de Donoma, Émilia Dérou Bernal, un réalisateur de cinéma expérimental, Ortez Holz, une chanteuse, Sascha Ley, l’acteur Belge Serge Larivière ou encore une journaliste de RFI, Stéfanie Schüler. Qu’ils soient acteurs ou pas, les spectateurs parlent de la formidable direction d’acteur. Je soupçonnerais Philippe Fernandez d’avoir imaginé son casting en jouant aussi des différents statuts des éléments qui le composent, tout comme, en plasticien affirmé, il ne laisse aucune chance au hasard dans le choix des éléments du décor, la couleur des costumes, la forme des accessoires. Cosmodrama, comme une façon de méditer sur notre place dans l’univers en se fendant la poire, embarqué dans un vaisseau spatial perdu dans l’espace poétique.

Parisien, l’OVNI est visible au Reflet Médicis et au Bastille à partir de demain. Plein de salles en province (dont j’ai déjà communiqué une première liste). Il y en aura d’autres, un peu partout, sur la durée, car Cosmodrama a son propre rapport au temps et à l’espace.

En direct à 16:00 sur www.seanceradio.com interviewé par Betty Mourao aux côtés de Philippe Fernandez.

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Un commentaire pour Hier soir, l’avant-première !

  1. serge barande dit :

    Post d’une analyse et dialectique remarquables, Bernard ! Tu vas finir, si tu n’en prends pas garde, aux Cahiers du Cinoche (succursale charentaise ?…).
    Bel hommage, en tout cas, à l’un de tes réalisateurs d’affect et d’histoire humaine !
    Caumon et Fernandez, deux gars de la balle que t’apprécies.
    Et très malins tous les deux, sur la recherche de l’originalité scénaristique. Chacun dans leurs domaines.
    Chacun nous propose de nous interroger sur nos propres destinées, voire sur nos propres origines – et sur nos cheminements respectifs.
    D’un puits, en l’Univers… D’un ponton, en une campagne charentaise…
    Finalement, tout est assez lié, outre pelloche…
    Enfin un bidule non brexitien, mais un bazar communard !
    Le cinoche a parfois ces jolis avantages…

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