La critique du Monde

monde

Pour ceux qui avaient apprécié, en 2009, Léger Tremblement du paysage, le plaisir sera vif de retrouver Philippe Fernandez au détour de son nouvel et étrange opus, Cosmodrama. Pour les autres, qui sont infiniment plus nombreux – voyez comme le monde est mal fait ! –, une occasion de se rattraper se présente, histoire de refaire justement le monde, quelque part en apesanteur entre science et poésie.

Il s’agit d’une épopée de l’espace en chambre, d’un récit de science-fiction philosophique. Quelque part dans le cosmos, un vaisseau progresse avec à bord sept hommes et femmes qui, tirés d’un sommeil artificiel, ne savent visiblement plus pourquoi ils sont là. Leur but et, partant, celui du film, consistera à retrouver le sens de leur mission. Vertigineux, et en même temps d’une simplicité biblique, puisque rien n’empêche de penser que le vaisseau est la Terre, que les hommes sont les hommes et que la question que se posent les seconds est de savoir ce qu’ils font sur la première, qui tourne elle-même dans l’espace.

Rien n’empêche de penser que le vaisseau est la Terre, que les hommes sont les hommes

L’équipage réuni est censé y aider. Il y a là un astronome ronchon, un psychologue à la pipe ultranerveux, une douce biologiste aux cheveux blancs, une doctoresse brûlante, un journaliste abonné au col roulé, un aliénologue new age qui se partage entre Demis Roussos et Sébastien Tellier, un gars de la maintenance, peintre médiumnique à ses moments perdus. Ajoutons, pour faire bonne mesure, un chien, un singe, une visiteuse extraterrestre venue d’une civilisation apaisée, plus un nombre incalculable de doubles des personnages principaux, quand les choses commencent à partir en vrille, à savoir pas trop tard dans le cours du film.

Tati le dispute à Leibniz

Tout cela prend corps en studio, dans une déclinaison de l’anticipation made in sixties. Des couloirs coudés qui ne mènent nulle part, des « lounges » confortables, des machines douces, des vues de l’univers, tout cela coloré en orange, violet, moutarde ou turquoise, rehaussé de néons blancs tamisés. Côté son, ambiance sonar, automatisation douce et réverbération, bande électro de la plus belle eau. Les situations et dialogues, émaillés d’échappées romanesques et humoristiques, se nourrissent pour l’essentiel des hypothèses scientifiques les plus sérieuses. Big Bang, univers en expansion, matière invisible, intelligence des myxomycètes, théorèmes d’incomplétude de Gödel.

Epargnons-nous les références – écrasantes – à Kubrick ou Tarkovski. Imaginons plutôt « La croisière s’amuse » scénarisée par Leibniz et tournée par Jacques Tati. Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Telle est la question à laquelle le film prend le temps de ne pas répondre en quatorze tableaux chapitrés comme autant de stations du chemin de croix. Le sujet est angoissant : comment vivre dans un monde qu’on sait voué à la destruction, comme représentant d’une espèce qui ne lui survivra probablement pas ? Le chien et le singe le supportent mieux que le psychologue, qui devient doucement dingue. Le film, quant à lui, nous aura fait rêver. N’est-ce pas là l’essentiel ?

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17 commentaires pour La critique du Monde

  1. Lydie dit :

    Ouais mais c’est anxiogène ou pas, hein ? 😀

  2. Sarro Philippe dit :

    Je vais peut être passer lundi après midi au REFLET MEDICIS, j’ai pas pu passer hier soir, je l’ai su trop tard.

    Sinon ça va peut être t’intéresser

    http://www.futura-sciences.com/magazines/sante/infos/actu/d/corps-humain-homme-percevrait-champs-magnetiques-affirme-scientifique-63335/

    • Blog Blancan dit :

      Merci pour le lien fort intéressant, en effet 😉

      Nous, sourciers, on savait tout ça, mais les hypothèses de Rocard avaient été rejetées par le science de l’époque.

    • Lydie dit :

      Intéressant ! Dommage, c’est un peu court.

  3. serge barande dit :

    Quand je pense qu’il y a deux ans et demi de cela, Leibniz (ou un parent à lui) m’avait demandé de lui prêter mon canoë pour aller explorer l’île d’Arcins…
    Je l’en avais déconseillé à cause des courants de Garonne, afin de ne pas perdre un grand homme, par idiote noyade…
    Et lui proposant d’autres ressources d’analyses, en calme et confort, depuis la berge, la lorgnette rivée à ses yeux.
    Leibniz ne m’a jamais répondu.

  4. Sarro Philippe dit :

    Et son petit fils avait comme nom Le bug il était spécialiste de la langue formelle et du théorème de Godel.

      • serge barande dit :

        J’espère, Philippe, qu’après tout ça 2+2 font encore 4. Ça reste dans la logique…
        [Quoique si tu le fais en %, t’es niqué ! Ben oui, 3 tiers… 100 : 3 = 33,3333333333333…. Ben y en manque quelques poussières à mon joli camembert ! Où est planqué le rat qui m’a bouffé le manque ?!].
        Parce que sinon, j’aurais l’air couillon à devoir réintégrer l’école communale pour tout réviser !
        Les Mômes vont se moquer de moi… Pfff….. Et ce sera qui le dindon de la farce ?

        N’empêche que le Leibnitz, il avait une sacrée putain de famille compliquée !…
        Ma maman, ma fille, ma petite fille et le Balou, on s’emmerde moins la mathématique de la vie : quand c’est l’heure de manger, on consulte pas Greenwich. On s’assoit à table !

    • serge barande dit :

      A la base, je les ai toujours détestées, je suis plutôt lettres que chiffres.
      Les lettres proposent davantage de poésie. Il émane d’elles davantage de libertés.
      Les chiffres contraignent, constituent un carcan. Et je conchie tout carcan.
      Je suis donc pour tout abécédaire, au grand contraire de tout théorème.
      Nous ne nous apprécions donc pas beaucoup, Pythagore et moi…

  5. Sarro Philippe dit :

    La poésie est un nombre qui ne compte pas.
    T’es pas copain avec Cedric Villani alors ?

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