L’ambition

CDM2

Si tu veux, quand je réalise un film (ce qui ne m’arrive pas si souvent), j’ai juste envie de pondre un truc que j’aimerais voir et qui ne ressemble pas à ce que j’ai déjà vu. Pour le premier, c’était raté. Ça ressemblait à du Tati ou du Pierre Etaix. Pour le dernier, c’était tellement réussi, que personne n’a osé le sélectionner en festival. Ou trop peu. Mais bon, j’ai été primé quand même les deux ou trois fois où des petits festivals ont pris le risque de sélectionner un truc qui ne ressemble à rien.

Cette fin d’après-midi, j’étais à la lecture d’un court-métrage dans lequel je vais jouer. Le réalisateur, il est encore plus jeune que mon plus jeune fils. Son scénario, c’est de la balle. Et lui, c’est un ambitieux. Il veut forcément que son film soit sélectionné dans des festivals internationaux pour l’aider à produire son long-métrage qui sera primé à Cannes. On pourrait trouver ça naïf, voire imbécile d’afficher des objectifs de cette hauteur avant même d’écrire. Sauf que, quand on a rencontré le bonhomme, on n’a qu’à s’incliner. On en ressort persuadé qu’il y arrivera. Parce qu’à la différence des prétentieux, en plus de son ambition débordante et motrice, il est bourré de talent. Il a un sens du cinéma et ne fait jamais semblant. Ce qu’il filme doit être sincère et sortir du fond des tripes. Son dernier court-métrage a été déjà sélectionné dans plusieurs festivals internationaux. Et il l’a produit sur son argent propre.

Sa détermination quasi guerrière et son enthousiasme contagieux, il les doit sans doute à ses origines lointaines, métissées et migratoires. Mais il est aussi un joueur de foot qui aurait pu devenir professionnel si un connard ne lui avait pété un genou. Il a la niaque des champions, il veut marquer tous les buts, il drible comme un dieu, il gagnera le championnat et sera ballon d’or. Sinon, c’est pas la peine.

Ce gars, tu veux que je te dise, il m’impressionne. Et son film, je suis certain que je vais me régaler à y jouer dedans. Comme un match de foot qu’on va gagner. Et un beau match. Sinon, c’est pas la peine.

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8 commentaires pour L’ambition

  1. hetre dit :

    Bravo ! rien qu’à te lire comme ça, tu me fous une pêche d’enfer.
    On est obligé d’y croire.

  2. Lydie dit :

    Mais… c’est qui ce demi-dieu, ce guerrier, ce j’y crois et je le fais ?!!

  3. Sarro Philippe dit :

    Ca me fait penser à Jodorowsky et son Dune qu’il n’a jamais pu faire car trop ambitieux.

  4. serge barande dit :

    Là, je constate que t’as rencontré un Très Beau Lapin ! Ça fait plaisir de telles rencontres ! J’ai parfois les mêmes mais en « oisellerie » (ornithologie), où t’as un type qui t’espante. Et tranquillement, en plus. Qui fait même pas son malin.
    Il est juste Lui, une formidable capacité « au GIZ » (identification à distance des oiseaux). Certain de ses convictions et ses horizons. Le ciel lui est ouvert. Et c’est chouette de passer du temps avec. T’as du bol, Mec !
    C’est chouette ces partages-là.
    Il n’est pas Québécois… ?

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