Histoire d’eau

eau

Je ne vais pas raconter mon week-end à Anjou dans le détail. J’ai pris le train le samedi matin avec les gens de cinéma qui partaient au festival des Lumières à Lyon tandis que je me rendais à une invitation de sourcier dans la Drôme. Projection de Retour aux sources le samedi soir pour une petite centaine de spectateurs et participation à une initiation aux baguettes le dimanche. Plein de rencontres surprenantes et heureux de parcourir la campagne avec baguettes avec beaucoup de participants.

Le samedi après-midi s’est déroulée une conférence passionnante autour de la problématique de l’eau. Trois intervenants : un météorologue, un responsable le l’eau courante du secteur et un agriculteur responsable du secteur de l’irrigation. Chacun était une pointure dans son domaine et la conférence partait de toutes les données enregistrées dans le village et plus généralement dans la région. Les choses que j’ai retenues :

  • Pas trop d’évolution pluviométrique.
  • Sur cinquante ans, la courbe des températures augmente soudainement et de façon constante depuis le début des années 90. + 2° en moyenne. Énorme et objectif.
  • L’eau est captée dans les nappes et on voit une forte augmentation des nitrates à partir des années 80, pour atteindre des sommets aujourd’hui.
  • Avec la mondialisation, le prix d’achat des produits agricoles a fortement baissé. On ne peut pas faire plus cher que les produits importés dans des zones de production moins coûteuses. Donc, être agriculteur rapporte moins. Beaucoup moins. Alors on a recours au subventionnement (sorte de régulation des méfaits de la cruelle loi du marché sans frontière). Mais ça ne suffit pas. Alors on azote les sols pour augmenter la production à l’hectare. Et on insecticide, on herbicide. Et il faut de plus en plus d’eau. Et la ressource en eau diminue. Et la pollution augmente. Et les revenus baissent. Et l’endettement augmente. Et le nombre d’agriculteurs diminue. Et le taux de suicide augmente. Et comme il fait plus chaud, il faut arroser davantage. Et l’eau diminue. Avec la mondialisation de l’économie, tout se barre en couille, côté agricole.
  • Mais on peut aussi mesurer ce qu’il en est pour l’eau de façon plus globale. La production agricole, c’est des graines, des machines, du travail et beaucoup d’eau. Un légume, une céréale, c’est déjà dans sa composition 60 à 80% d’eau. On peut donc mesurer tout cela en eau. Et là, ça fait peur. Ce qui fait encore plus peur c’est quand on constate que pour satisfaire aux lois du marché de la mondialisation, on importe une grande part de nos besoins alimentaires. Et ils viennent d’où ? De pays plus pauvres que nous en eau, comme par hasard. Ce qui revient encore une fois à piller les pays pauvres de leurs ressources naturelles, et en particulier l’eau qui devient rare, notamment à cause du réchauffement climatique qui nécessite davantage d’eau pour produire. Un tableau éloquent nous montre qu’à travers nos importations de produits de l’agriculture, nous importons indirectement de l’eau. Ça fait peur la mondialisation. Ça fait peur les lois du marché. C’est toujours les mêmes qui payent et toujours les mêmes qui en tirent bénéfice. L’eau est un enjeu capital, voire vital, et son exploitation obéit aux mêmes règles injustes qui régissent le monde.

Bref, c’était passionnant parce que ça racontait que les combats simplistes que nous menons les uns et les autres ne sont pas des cris de Bisounours imbéciles et naïfs, mais reposent sur des données chiffrées, quantifiées, objectives. Les conférenciers n’étaient pas de vilains zadistes gauchistes mais des gens responsables publics dans leurs domaines.

Heureux d’avoir bravé une grippette pour aller à la rencontre de concitoyens, loin des flonflons du cinéma, une baguette à la main et les pieds sur terre. Merci à Stéphane Hubert d’avoir eu l’idée de m’inviter. J’ai appris plein de choses aussi sur l’ancien système souterrain de distribution de l’eau (détectable aux baguettes et étayé par les témoignages de visites et de plans). Une multitude de galeries alimentaient et alimentent encore les habitations et les nombreuses fontaines du village. L’eau courante des siècles passés, directement puisée à la source. C’est toujours bon, par ce biais ou par celui de la conférence, de prendre conscience du fonctionnement des choses pour le bien public. On en mesure l’ampleur, les avantages et les conséquences. On se sent davantage concerné par la marche du monde.

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7 commentaires pour Histoire d’eau

  1. Lydie dit :

    En quelque sorte, toute cette eau t’a requinquée, … à ta santé !

  2. Lydie dit :

    En quelque sorte, toute cette eau t’a requinquée,
    … à ta santé ! 😉

  3. serge barande dit :

    Belle photo ! Et belle démonstration de la course à l’épuisement des ressources de par les pratiques culturales intensives, et en conséquence à l’épuisement de certains agriculteurs. Coincés dans le système par certaines banques les ayant invités à s’endetter, bon nombre sont sur le reculoir. Et en ces conditions, même s’ils veulent vendre, qui va leur acheter une exploitation qui ne surfe que sur des pertes ?
    Le sujet était l’eau. En Espagne du sud (pays du cagnard), de nombreuses fermes légumières (du fait des pratiques intensives, on ne peut qualifier cela de « maraîchages ») se sont mises intensément à l’hydroponie ou hydroculture. Tout est cultivé hors sol, dans de gigantesques serres, à grand renfort d’eau et d’engrais. Gain de croissance, superproduction et produits sans goût mais prix bas et exportation facilitée.
    Le même système : la course effrénée. Et tant pis pour le gaspillage des ressources tant que certains s’en foutent plein les fouilles. Mais comme ils créent des emplois (!), les autorités environnementales ferment les yeux, là-bas comme ici.
    T’as qu’à voir l’exemple de NDDL où près de 2000 ha de bocage en zone humide, de terres agricoles encore saines car sans pratique agricole intense (le bocage quoi !) sont prêts d’être sacrifiés… L’économie a souvent eu et aura encore souvent gain sur l’écologie et la protection de la biodiversité, et de fait, des ressources naturelles.
    Vivement qu’il pleuve !

  4. hetre dit :

    A bien réfléchir, plus le niveau d’eau baissera plus la côte des sourciers grimpera.
    Là aussi ça va créer des emplois ou plus de richesse pour un certain intermittent.

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