Un acteur ne devrait pas dire ça

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Le cinéma de Xavier Dolan est vraiment surestimé. Une fois qu’on a posé la caricature comme base de construction des personnages, qu’on a choisi l’hystérie comme piste de direction d’acteur, qu’on a fait bouger la caméra en alternant des très gros plans dans une lumière qui hésite entre le clip et la publicité, qu’on a mis de la musique partout partout, qu’on a laissé des acteurs cabotiner en roue libre, qu’on a posé comme discours de fond que la famille c’est pas simple quand t’es un auteur génial et homosexuel, que reste-t-il du cinéma ? Il y a un tel niveau d’autosatisfaction à se regarder jouer à faire un film, qu’il ne manque pas grand-chose pour que l’acte artistique devienne vulgaire. C’est un cinéma aussi narcissique qu’un blog d’acteur, qu’une page Facebook.

J’ai du mal à saisir comment les média peuvent à la fois encenser Dolan et jouer à s’offusquer des confessions d’un président. On est pourtant dans des zones assez proches.

Les sept salopards font leur show des primaires et on nous rebat les oreilles sur qui a été le meilleur alors qu’aucun des candidats à la candidature n’a évoqué la politique au sens noble. Il s’agissait semble-t-il de savoir combien de postes on allait supprimer, quelle dégressivité on allait appliquer aux chômeurs, à combien d’années on allait reporter l’âge du départ à la retraite. Notre époque manque de fond.

Qu’est-ce que tu veux ? Remplir le vide ?  C’est ce que dit le personnage tenu par Cassel dans juste la fin du monde.

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15 commentaires pour Un acteur ne devrait pas dire ça

  1. michele dit :

    bon, parole de spécialiste que j’entends . J’ai aimé cette violence, cette hystérie, cette façon de raconter sans dire, de secouer les uns contre les autres, elle m’a fait du bien; réellement. Je ne sais ce qu’est l’art finalement mais toucher là où ça fait mal et aider l’autre à respirer c’est peut être aussi penser aux autres et partager …En tout cas pour qq euros, j’ai bien mieux respiré qu’après plusieurs séances de psy et puis personne n’est obligé après tout

    • Blog Blancan dit :

      Bien sûr, Michèle. Mon point de vue (qui n’est que ce qu’il est : un point de vue qui laisse supposer qu’il y en a d’autres) a permis à ceux qui ne comprenaient pas le succès médiatique du film de respirer aussi. On aurait pu aussi parler de « Divines » que tout le monde adore et que nous sommes quelques-uns à ne pas du tout aimer… Il y a des films « clivants », comme on dit maintenant.

  2. Celine dit :

    Seriez-vous jaloux, Monsieur Blancan ? Peut-être trop touché par les films de Xavier Dolan pour le reconnaître ?…
    Par ailleurs, Dolan et les sept politiques français… Quel rapport ? Trop paresseux pour écrire deux posts bien distincts ?
    Un conseil : travaillez beaucoup, vivez votre art, soyez vous-même. La jalousie ne mène nulle part, si ce n’est à vous bouffer votre énergie, tant nécessaire et vitale au métier d’acteur….

    • Blog Blancan dit :

      Merci de votre bienveillance, Madame Céline ! Le Monsieur Blancan qui est dans votre tête est tellement éloigné de ce que je crois être, qu’il serait de toute façon vain de vous répondre point par point. Je vous laisse à vos jugements.

  3. Clara dit :

    Je n’ai pas non plus compris le glissrment de la critique de film à celui de la critique politique. Quel est le rapport entre l’encensement de Dolan et l’offuscation de ces mêmes médias à l’égard des propos présidentiels ?

    • Blog Blancan dit :

      😉 C’est tiré par les cheveux (comme souvent dans ce blog).
      Le titre fait référence au bouquin d’entretiens de Hollande.
      Il est reproché à ce dernier une certaine vulgarité narcissique pas à la hauteur de la fonction.
      C’est un peu le problème du film à mon goût.
      Et j’aime bien entremêler les sujets, passer de l’art à la politique (avec plus ou moins de bonheur… 😉 )

  4. olivier dit :

    parfaitement d’accord avec toi Bernard… les pièces de Lagarce par leurs constructions, en strates, en à-coups, en répétitions créent malaises et émotions, le cinéma de Dolan parvient à peine à intéresser. Il ne garde que la caricature, et les comédiens n’approchent jamais la densité, les fêlures des personnages. si le début peut plaire, on arrive vite à la complaisance. Et à chaque moment on a envie de dire « et alors? », tu me montres quoi? tu me dis quoi? en dehors de ta propre satisfaction.

    • Blog Blancan dit :

      Merci Olivier. Je ne connaissais pas la pièce de Lagarce, mais j’imagine ce que ça pouvait être avec davantage de trouble et de retenue.

  5. Ninzo dit :

    Oui, bon, une grille d’analyse simpliste et creuse (si je peux me permettre) qui peut se coller sur nombre de films… Mais un film c’est tout ça, mais c’est aussi bien plus que ça!

    Je sais, je laisse pas mal de place a l’interprétation, ce que tout bon film doit savoir faire 😉

    • Blog Blancan dit :

      C’est un point de vue. Et mon article est fait au sortir d’une séance ciné et n’a pas vocation à donner un cours. Vous avez raison en disant qu’on peut dire ça de n’importe quel film. La différence entre un bon et un mauvais film se situe dans le dosage des ingrédients et dans la finesse et l’intelligence de leur emploi. Mais il aurait fallu écrire plus longuement et de façon plus intelligente, sans doute.

  6. pascale265 dit :

    Je suis dolanophile de la première heure et j’ai n’ai pas aimé ce film. Alors j’espère que tu ne parles que de ce film où effectivement tu pointes les défauts. Ce qui me gêne le plus est que chaque personnage est réduit à un seul trait de caractère exploité jusqu’à la nausée. Mais l’interprétation de Gaspard Ulliel qui contrairement aux autres ne crie jamais, parle à peine, est exceptionnelle de sobriété et d’intensité. Et puis la grande scène de Nathalie Bayer quand même. ..
    J’espère donc que tu n’as vu que ce film car « mommy » est infiniment novateur (l’écran qui « s’ouvre » je ne m’en remets pas), Laurence Anyways, J’ai tue ma mère, Tom à la Ferme très personnels et différents les uns des autres.
    Car là tu sembles réduire dolan à un tâcheron vulgaire, hystérique et narcissique alors qu’il ne cesse d’évoluer, de chercher, de faire des choses différentes, de gommer ses défauts.

  7. pascale265 dit :

    Et puis faire un parallèle entre Dolan et les confessions du président c’est pas digne de toi. Les critiques cinéma, d’ailleurs ce film à eu de mauvaises critiques chéri, ne sont pas ceux qui « analysent » (mouarf) l’autre truc…

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