Le village et la suite du jeu

img_4347

Demain soir, mardi, les deux premiers épisodes de la saison VII du Village Français. Encore une fois, la magie Krivine/Amar a engendré une belle demi-saison. 1945…

J’en profite pour revenir au petit jeu commencé avant-hier : « qu’est-ce que je tourne en ce moment ? ».

L’indice du jour est assez joli. En regardant les deux épisodes de demain soir, vous allez voir une scène dans laquelle Anselme est invité avec Antoine à manger la soupe chez une vieille dame. Anselme a faim. Il mange. Soudain, au prix d’un magnifique double-take, son regard se fige, cuillère en l’air, bouche ouverte, sur une photo qui trône sur le buffet. Le personnage à droite sur la photo n’est autre que celui que j’interprète en ce moment à Sigmaringen. Quand vous aurez vu, les plus cultivés historiquement devineront au moins quel est le nom de mon personnage de la semaine.

On aura pressenti qu’il n’est pas vraiment du même bord qu’Anselme en voyant sa réaction dans le suite de la scène. Et pour l’acteur que je suis, c’aura été une sacrée gageure que d’endosser ce personnage.

La situation indice est une véritable traversée du miroir. Anselme, je le porte depuis quelques années, maintenant. Je m’en suis aussitôt senti proche. Au moment des luttes contre la convention collective du cinéma pour laquelle j’ai marqué mon opposition non opportune, on m’a reproché dans quelques commentaires de me prendre pour mon personnage de résistant alors que je n’étais qu’un pauvre imbécile à la solde des syndicats de gros producteurs et qu’à cause de moi, la production cinématographique allait s’effondrer. Le résultat, on le connaît (ça y est, je me suis encore énervé). Non mais c’est normal, je me retrouve fâché avec une bonne partie de la profession qui est sensée m’employer, tout ça pour défendre quelques principes fondamentaux, en me rangeant du côté des techniciens (même si je trouve que leur situation est plus enviable que la mienne). Bref, le mec qui se raidit sur des valeurs effacées par le temps, sur une morale écrasée par de nombreux culs ambitieux, ben, c’est un peu l’histoire d’Anselme. Il arrive toujours un moment où les jeux de pouvoir, les intérêts personnels obligent à des concessions (Anselme aurait dit compromissions).

Et oui, le parcours d’Anselme, sa descente aux enfers, sa mise au ban à la libération par les politicards véreux, tout ça résonnait en moi de façon presque dangereuse. Quand on me reconnaît dans la rue, c’est pour Anselme. Et les gens semblent même mêler le personnage à ma personne. Tout-à-l’heure encore une dame m’a dit « mais oui, vous jouez le résistant communiste autoritaire ! ». Ben non, le personnage, en fait, contrairement à moi, il n’est pas communiste. Il est gaulliste. Voire anarchiste.

En acceptant de jouer le rôle que vous n’allez pas tarder à découvrir, j’ai voulu jouer au jeu de miroir, me dissocier du sort d’Anselme par quelque magie, pour retrouver ma juste place. Celle d’acteur. Celui qui se glisse dans la peau de divers personnages.

Et, en effet, je m’amuse à jouer cette enflure de personnage. Mais on reste humain et porteur de ses convictions. Ce personnage-là, il me fait mal au ventre, me fait gerber et hante mes nuits. Mais le tout au sens propre. J’ai dû perdre deux bons kilos, dans cette aventure qui me noue le bide. Parce qu’une chose est sûre, comprendre un facho, une raclure, ça dépasse mes capacités compassionnelles. Je ne peux pas me dire que, dans la vie, par exemple, je voterai un jour Front National. Fascisme et révolution ne sont pas nourris des mêmes espoirs, des mêmes rêves, des mêmes illusions.

Après, les pouvoirs en place, il y a toujours les mêmes vampires qui trouvent à s’y glisser. Vive l’anarchie, tiens !

Ok, Anselme, tu as gagné.

Cet article a été publié dans blancan. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

38 commentaires pour Le village et la suite du jeu

  1. Hélène dit :

    La photo postée hier par Joel Miglos dans les comms de Facebook, c’était Laval.?…Enfin, c’était toi qui avait endossé le rôle…Il me semble…Je comprends ta difficulté à mettre ce costume, mais bon, un acteur, c’est ça,( ne maigris pas trop quand même) …

  2. Didier Poulain dit :

    J’ai hâte de voir ce regard. …….la description du ressenti est déjà en elle même toute une histoire. ….!
    Alors à demain !
    Bise

  3. Bonsoir Bernard … Au vu de la vague description du personnage que tu brosses dans ton article, et surtout du lieu … Sigmarigen, siège du dernier  » gouvernement français  » de l’Occupation, je te vois bien te draper dans la peau de Marcel Déat … Converti sans nuance aucune du socialisme au national-socialisme exalté … Le comédien épouse toutes les compositions, du vertueux à l’innommable … Le talent fait le reste ET confirme la profondeur psychologique de l’homme.
    Dans l’attente de ton prochain petit papier … 😉

  4. Lydie dit :

    Ah bé, … t’en as mis du temps à y arriver, à l’anarchie !! 😉

  5. Sarro Philippe dit :

    Et l’anarchie dans son froc, euh … c’est plutôt la hiérarchie.

  6. Allez, jouons.. à Sigmaringen, par élimination entre Châteaubriant et Le Vigan, je dirais Le Vigan 🙂

  7. Brigitte dit :

    Darlan !!!

  8. Tomaticha dit :

    Darnand !

  9. Pascale dit :

    Ben pas Laval, yétait trop gros.
    Darnand ???
    T’as accepté de jouer Darnand ??? Mon grand père, déporté, résistant, patriote se retourne dans sa tombe.
    A dieu !

  10. Sarro Philippe dit :

    Darnand, le chef de la mélasse, fait gaffe ça va devenir ton Daïmôn.

  11. Sarro Philippe dit :

    Pour information

    Libellé original Mélasses de betterave, résultant de l’extraction ou du raffinage du sucre de betterave
    Source Information uniquement disponible pour les clients
    Description La mélasse de betterave est un sous-produit issu du raffinage de la betterave sucrière. Il s’agit d’une substance épaisse, visqueuse et noirâtre, obtenue après cuisson de la betterave et extraction des cristaux de sucre. Cette matière première possède des utilisations variées. La première est celle de liant dans l’alimentation animale, mélangé avec de la paille, du foin ou du son. Grâce à sa forte appétence due à sa teneur en sucre (entre 50 et 60%), acides aminés et sels, la mélasse de betterave permet de stimuler l’appétit et favoriser la digestion des bovins et ovins. Aussi, elle est utilisée dans l’industrie chimique pour obtenir de l’alcool éthylique après fermentation. Dans l’industrie agroalimentaire, cette matière première sert de colorant (pour donner sa couleur au sucre roux industriel par exemple) ou encore, de base pour fabriquer de la levure. La mélasse de betterave peut aussi être utilisée dans l’industrie pharmaceutique, dans la composition des antibiotiques. Au Brésil, elle a aussi un usage énergétique puisqu’elle y est utilisée comme biocarburant. En Europe de l’Ouest, le prix de la mélasse de betterave à la tonne varie entre 130 et 200€ la tonne depuis janvier 2014, avec trois principaux pays producteurs : l’Allemagne, la Belgique et la France. Ce dernier est le premier producteur de betteraves sucrières au monde, avec plus de 26 000 plantations sur le territoire, et une production moyenne annuelle de 34 millions de tonnes. En décembre 2012, le prix de la tonne de mélasse de betterave a chuté pour atteindre une valeur de 130€. Ce phénomène a été due à une pluviométrie exceptionnelle sur le littoral du Nord-Pas-de-Calais qui a retardé l’arrachage de plus de 1500 hectares de plantations de betteraves.

  12. Hélène dit :

    Et un tout petit peu de milice….pardon 😉 de melasse dans la soupe, ça donne un petit arrière goût acide… 😀

Les commentaires sont fermés.