Tout va bien !

sigma

Le jeu est terminé ! La bonne réponse était Darnand !

Nous tournons un docu-fiction de Serge Moati pour Arte autour de ce curieux moment de l’histoire où le gouvernement de Vichy s’était réfugié en Allemagne, en 44, dans le château de Sigmaringen. Mes soucis de conscience n’ont pas fait long feu devant la proposition de mise en scène de Serge Moati. Les personnages sont traités de façon expressionniste. Ils semblent des fantômes grotesques, très distanciés. Il aurait été vain de chercher à retrouver la vérité de ce qu’ils étaient dans leur réalité. Ce sont des historiens et des témoins qui sont chargés, dans la partie documentaire, d’apporter le regard historique sur eux et sur les événements. Pour les acteurs, il s’agit juste d’un terrain de jeu servant à l’évocation de ces tristes pantins, montres reclus. Et quel régal de bosser sous le regard espiègle et bienveillant de Moati !

Le résultat devrait être assez passionnant. Cet épisode de l’histoire est très peu connu. Et ce château à lui seul raconte par ses murs l’isolement et la totale déconnexion du réel de ces 1.200 personnes réparties dans cet îlot de pierre, chacun, dans un dédale d’escaliers et de couloirs, de fausses armoires donnant dans des salles cachées, prenant soin d’éviter de croiser quiconque. Ces gens terrés se détestaient tout autant qu’ils détestaient juifs, communistes, gitans… (tous ceux qu’on balançait dans les camps de la mort).

Comment des gens dont le programme consiste en l’élimination de ce qui est différent pourraient-ils ne pas être très vite les propres victimes de leur jeu macabre ? La haine est un programme d’autodestruction.

On croit que l’histoire nous apprend à éviter de reproduire les erreurs du passé. L’avenir nous le dira. Mais le présent à déjà des relents nauséeux.

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8 commentaires pour Tout va bien !

  1. Endosser le rôle du bressan Joseph Darnand, j’imagine ton intense difficulté à te plonger dans la peau du patron de la Milice, au regard de tes convictions profondes … Mais je suis convaincu que tu vas te sublimer une fois de plus dans cette nouvelle partition …. Et en plus, c’est un personnage à moustache 😉 Bonne chance Bernard !

  2. Pascale dit :

    Je trouve que les docu-fictions c’est souvent casse-couilles et puis Moati bon… bref.
    Mais je regarderai, promis.

  3. Sarro Philippe dit :

    Pour en revenir à la mélasse de betterave issue du bio-raffinage de celle-ci pour ne pas dire épuration.
    Question à 10000 Francs: quel est ce cancer qui rogne notre société et civilisation ?
    Le fascisme ? A l’époque de l’absence d’époque, je crois plutôt que c’est le post-fascisme qui viens pour accomplir le nihilisme terminal 130 ans après Nietzsche selon sa prédiction.
    Mais qu’elle est est ce post-fascisme, me demandera-tu ? C’est une autre histoire avec un grand H ou pas.
    Certain parlerons de libertarianisme, d’autre d’anthropocène et d’entropocène ou encore de transhumanisme individualisant niant le collectif; désindividuant.

    Mais là je fais de la philosophie à coup de h comme un Friedrich N faisait de la philosophie à coup de marteau.

    Je sais pas ce que j’ai fumé moi aujourd’hui.

    • Blog Blancan dit :

      Je te suis tout à fait. Je compte pondre un article un de ces quatre sur un truc qui devrait te plaire et que tu pourras contextualiser et référencer avec ton érudition 😉 Perso, c’est juste mon intuition qui cause…

  4. hetre dit :

    Le village français a bien mis en évidance le sort réservé par les politiques à l’élite occupante qu’elle soit française ou allemande. On a connu le même dénouement avec les factieux de l’OAS qui ont bien été protégés par certains ministres de de Gaulle tels que Papon. L’avantage de jouer Anselme, c’est que lui n’a pas été fusillé. Et puis physiquement, tu ne ressembles pas du tout à Darnand.

    • Blog Blancan dit :

      Ouais, pas fusillé, le Anselme. Mais pas jojo quand même… (bon d’accord, il l’a cherché). Quant à Darnand, je peux lui ressembler par la moustache, un béret sur la tête mais, en effet, je suis bien plus svelte que lui et j’espère paraître moins bourrin. 😉

  5. Sarro Philippe dit :

    Sigmaringen, une pétaudière aurait dit Mitterand mais aussi Zola à propos de l’entourage napoléon III dans son roman « La débacle » si je me souviens bien.

    • Sarro Philippe dit :

      Définition du « Trésor de la langue française » qui est un dictionnaire en ligne
      http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv4/showps.exe?p=combi.htm;java=no;

      Début de l’objet 1 de la requête (Mot vedette)PÉTAUDIÈRE,Fin de l’objet 1 de la requête (Mot vedette) subst. fém.
      Lieu, assemblée, etc., où manquent l’ordre, l’organisation, où règnent la confusion, l’anarchie. Quelles pétaudières sont les démocraties! On ne sait à qui s’en prendre (SAINTE-BEUVE, Corresp., t.3, 1839, p.93). En mille factions nous sommes morcelés, Et tout ce gâchis bout dans la même chaudière, Chaos indébrouillable, étrange pétaudière (POMMIER, Colères, 1844, p.108). Jamais pareille impéritie, jamais pareille incapacité administratives ne s’étaient aussi glorieusement étalées. Le Salon de 1880, c’est une pétaudière, un fouillis, un tohu-bohu, aggravés encore par les incomparables maladresses du nouveau classement (HUYSMANS, Art mod., 1883, p.144). Madame des Pereires (…) essayait de remettre un peu d’ordre… Que ça ait pas l’air trop étable… Déjà que c’était normalement une terrible pétaudière, alors depuis cette cohue, y avait plus un sifflet d’espace! (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p.527).

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