Hémisphère droit, hémisphère gauche

cerv

(je sais que cet article sera peu lu parce qu’il est trop long)

FICTION-ÉMOTION / RÉALITÉ

Je me suis fait allumer par des copains de gauche parce que j’ai dit que Hollande avait eu la classe dans sa dernière allocution. J’aurais pu en faire de même pour l’intervention de Sarkozy quand il a admis sa défaite. J’aurais pu dire aussi sans rougir que Fillon avait été nettement le meilleur dans les débats des primaires. Et pourtant, plus à gauche que moi, t’as du mal. Anticapitaliste, altermondialiste, humaniste, contre les lois du marché et de la finance, écologiste, pour un impôt juste et équitable partagé par tous, pour une meilleure répartition des richesses, soutenant l’idée d’un état protecteur, de la démocratie participative, des micro initiatives locales réinventant l’agriculture, le commerce et l’échange, contre l’argent comme valeur suprême, pour la culture, l’éducation populaire, le dialogue, l’ouverture aux autres et au monde, la solidarité… Bref des valeurs peu partagées par ceux qui se revendiquent de droite (qui pensent à peu près à l’inverse de tous ces points).

Le bilan de Hollande a beaucoup plus été favorable aux idées de droite qu’aux valeurs que j’ai énumérées (même s’il n’a pas été complètement nul pour celles-ci). Mais il n’en reste pas moins que, lors de son allocution que j’ai écoutée en direct à la radio, je me suis raconté l’histoire d’un homme qui a voulu être président, s’est appliqué à obéir sagement à toutes les directives Européennes, a essayé de se servir du levier libéral pour atténuer le chômage, s’est coltiné les pires attentats et qui, à ce moment, convient qu’il a échoué et qu’il ne se représentera pas. J’étais persuadé avant l’allocution qu’il avait pris cette décision d’abandonner et pourtant, au fil des longues énumérations de son bilan qu’il essayait de rendre positif (juste parce qu’il l’est si on le compare au programme de Fillon), j’ai cru qu’il allait rempiler. Et puis ouf. Non. Il abdique. Merci et bravo, Hollande ! Réaction à chaud. Assumée.

Il me semble qu’il faut garder à l’esprit que le vote se fera en partie sur le programme des uns et des autres, mais aussi sur leur façon de parler, la confiance qu’ils inspirent. Des tas de facteurs totalement irrationnels qui agiront parfois avec plus de force que les programmes. Les lois de la télé… C’est une des raisons qui fait que je me méfie de Fillon. Son programme est nullissime, une vraie catastrophe humanitaire et pourtant, il parvient à embarquer les foules de droite (voire davantage).

LE FN

Il faut concéder que cette réalité ne vaut qu’en l’instant t et que tout ça peut changer, au gré de la médiatisation et des débats. Aujourd’hui, nul ne peut prédire l’élection de 2017. Mais si l’on prend tout en compte avec intelligence, il n’est pas du tout certain que le FN soit présent au second tour, contrairement à ce que l’on pensait ces derniers temps. Il y a eu le choc Trump dont on mesurera la connerie lors de ses premières décisions en début d’année. Le fameux candidat anti système, anti-finance qui met au trésor un gars de Golman Sachs.

En piquant toutes les idées économiques et sociales de gauche, le FN ne manquera pas de révéler son absence de sincérité et son opportunisme électoral puisque ce parti demeure un parti d’extrême droite. A vouloir trop jouer sur ce registre contrenature, une partie traditionnelle de son électorat catho-facho sera aspirée par Fillon.

MÉLENCHON

Pour l’heure, le seul programme visible qui répond aux aspirations de gauche énumérée plus haut, c’est Mélenchon. Mais je vois bien que l’homme cultive le culte de la personnalité (la sienne), se montre sectaire, a des positions très ambiguës en matière de politique internationale, est trop persuadé qu’il est hyper fort en stand-up. S’il ne travaille pas sur ces point faibles (le peut-il ?), il se cassera la gueule en empêchant juste une possible victoire de la gauche (alors qu’il aurait les moyens historiques d’une place au second tour).

PRIMAIRE DE GAUCHE

La primaire de la gauche est capable de créer quelques surprises. Mais pour cela, il faudra une adéquation heureuse entre le programme et de celui qui le porte. Montebourg, avec son parler ampoulé et ses ronds de manche n’est pas le mieux placé pour séduire un électorat populaire, tandis que Valls, le socio-libéral, est un grand orateur. Rien n’est fait. Gérard Filoche ? Il est certain qu’il va en emballer plus d’un qui ne le connaissent pas encore.

PARADOXE TEMPOREL

Le temps s’accélère. Ça veut dire que les élections sont beaucoup plus éloignées qu’on l’imagine. Simplement parce qu’entre aujourd’hui et le mois de mai, il va se passer mille choses, mille événements qui vont tout chambouler. Comme si une année entière s’était écoulée.

 

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18 commentaires pour Hémisphère droit, hémisphère gauche

  1. Brigitte dit :

    J’ai tout lu ! Meuuuuh non, c’était pas trop long !!! 😜
    Filoche, je l’aime ! Pour autant, je ne suis pas certaine que nous serons nombreux à être convaincus par son propos…
    Hamon ???

  2. Superbe papier intégralement parcouru sans coup férir, Bernard 😉 et que je partage totalement … En gros, on peut résumer les priorités du candidat à l’élection présidentielle :
    1- Rassembler 500 signatures.
    2- Se faire élire.
    Les priorités du Président élu.
    3- Désigner un premier ministre qui ne lui fasse pas de l’ombre mais le protège puis des ministres pas trop stupides mais pas trop malins non plus, parmi ses affidés.
    3- Gagner les législatives avec des députés à ses ordres.
    4- Rembourser ses sponsors au moyen de lois adéquates écrites par eux-mêmes.
    5- Satisfaire ses clients et favoriser les carrières de ceux qui lui sont attachés, sinon proches.
    6- Profiter des avantages en nature – bonnes bouffes – bonnes baises – bons voyages et frais annexes.
    7- Surveiller les sondages.
    8- Se plaindre de la difficulté de sa tâche.
    9- Se plaindre des Français qui comprennent rien à ses réformes pour favoriser les riches actionnaires des entreprises qui ont promis 2 millions d’emplois à la clé.
    10- Trafiquer les chiffres et les statistiques du chômage et de l’inflation.
    11- Bombarder des peuples en Asie et en Afrique.
    12- Se plaindre du terrorisme, des lâches qui « tuent nos enfants ».
    11- Accuser les médias de déformer sa réalité.
    8- Préparer sa ré élection.
    …. J’en oublie sûrement mais la aussi, ma prose vespérale aurait été trop longue 😉

  3. Lydie dit :

    Entre aujourd’hui et le mois de mai ? Ben, va y avoir des attentats !

  4. Pete Maravich dit :

    C’est jamais trop long ! Super point de vue. Et Filoche ? Larrouturou ? un béarnais en plus, ca vous diriez pas plus ?

  5. Sarro Philippe dit :

    Et l’hémisphère de l’ouest ?

  6. Sarro Philippe dit :

    A propos du temps qui s’accélère il y a les a les accélérationistes (Alex Williams et Nick Srnicek) un groupe marxiste qui ont fait un manifeste traduit par le philosophe Yves Citton ‘écologie de l’attention).

  7. serge barande dit :

    Bien tout lu aussi.
    Le constat et l’analyse, voire quelque prédiction… tout ceci correspond à ma vision en l’instant donné. Quid des 5-6 mois à venir ? Même si j’ai quelques réponses en ceci, je ne m’aventurerais pas à les formuler.
    En élargissant (géo-politiquement) le contexte, l’Autriche m’a rassuré, hier soir. Pas sûr que l’Italie autant.
    Alors ici… ??? Je sais quels cons je souhaite éviter. Ce n’est pas péjoratif, mais en les programmes qu’ils souhaitent développer, c’est juste relatif.
    Je sais « les copéistes », quelque hurluberlu de la sorte qui vont émarger in fine à zéro et quelque chose pour cent. Ou d’autres qui, par sympathie populaire, vont peut-être frôler voire dépasser les 2-3% – à ce propos, Alexandre Jardin se présente… Bernard Menez nous manque…
    Mais finalement, notre société ne peut « raisonnablement » pas compter sur ceux-ci, en termes de gouvernance, d’avenir et d’aura internationale. Le Pot de Terre a encore bien du mal face au Pot de Fer (Gaston de Marseille !).
    De fait, on va tabler sur les mêmes garennes, ou pas loin…
    « A gauche », réveil stratégique de Vals, vu que Pépère y s’est retiré. Vals, d’ailleurs déjà devancé par Macron, « autre homme de gauche ».
    Montebourg… « l’ampoulé » (pour te citer), aura bien du mal à être crédible en quelque primaire, tant il s’est auto-caricaturé – et les médias l’ont bien accompagné…
    Hamon, rebelle… pas inintéressant mais finalement inexistant sur la scène politique (inter)nationale.
    De fait, celui qui pourrait exercer quelque réveil sociétal serait celui qui, justement, ne passerait pas par « la case Primaires ». Ben y en a qu’un… La Mélanche. Mais tu as évoqué ses plausibles limites à convaincre le plus grand nombre, de par son caractère. Homme souvent considéré comme intransigeant et peu consensuel. Ce qui aujourd’hui, a priori, fait plutôt flipper l’opinion publique que ne la rassemble.
    Alors mystère… Wait and see… Et c’est ça qui est assez chiant, et paradoxal, en une démocratie. Car lorsqu’il faudrait que l’opinion publique ait quelque influence en tout ceci, elle se heurte à des arcanes dont elle ne détient que très peu afin d’agir et d’influencer sur le cours des choses.
    On attend et on regarde, du coup…
    Se sentir parfois de si faibles acteurs, en de telles circonstances, est assez désolant pour notre démocratie.

  8. Robert Spire dit :

    Le titre de votre article me fait penser à « Hémisphère gauche » de Razmig Keucheyan. Ce bouquin répertorie toutes les théories critiques contemporaines de gauche. Intéressant pour s’orienter car le mot « gauche » est mis à toutes les sauces aujourd’hui, même les plus rances.

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