Comme disait Robert

Robert ?

Trois mois. Ça faisait trois mois que je n’étais pas retourné à Paris. C’est un petit peu les vacances qui commencent. C’est à dire que j’ai bossé pour mon bouquin dont un comité va donner un avis. J’ai travaillé aussi au scénario que nous écrivons avec Guillaume G. En même temps, je me débattais avec de la paperasserie administrative, attendant avec un peu d’inquiétude de savoir à quelle sauce je serai mangé pour mes droits à la retraite. Retraite, le mot sonnait encore bizarrement à mes oreilles il y a encore quelques années. Et puis ça arrive. Pour ce qui est des trimestres, tout y est. Longue carrière qui m’aurait même permis de demander un départ anticipé. Si une question est de connaître le montant de cette retraite, une seconde en découle immédiatement : C’est quoi ces conneries ?! Je suis donc vieux ? La réponse est non.

Pas question pour moi de me reposer pour autant. Je continue pareil. La semaine prochaine, je pars faire l’acteur pour une semaine en Suisse (d’où l’idée de vacances car jouer, ça reste des vacances). Nous avons commencé à bosser sur un projet théâtral à Bordeaux pour 2022. Mais n’en parlons pas trop car le projet est assujetti à l’obtention de droits d’adaptation. J’ai un documentaire à finir, un autre à commencer, à continuer la lutte acharnée pour un long-métrage. Les prochaines années seront aussi consacrées à ma fameuse découverte sur l’eau. Et, en faisant tout ça (et le reste), j’espère bien continuer à exercer le métier pour quoi je suis fait : acteur.

Ceux qui m’attendaient pour m’inscrire au club de bridge et de pétanque ou encore à l’amicale des pêcheurs à la ligne, vont devoir patienter encore un peu.

Un copain me demandait comment je faisais pour mener des projets si différents de front. Je lui ai répondu qu’il suffisait d’être schizophrène. Tu fais un truc et il n’y a que ça qui existe, puis tu passes à un autre et il n’y a que ça qui existe.

Alors, si je prétends ne pas être vieux, je ne suis pas pour autant né de la dernière pluie. Je sais donc bien qu’il y en a qui se diront que cette façon de raconter tout ce que je vais faire est un peu pathétique. Pas faux. Je pense la même chose quand un néorural me raconte qu’il est vachement bien depuis qu’il a quitté Paris et qu’il renaît. On sait bien que c’est plus compliqué, l’histoire. J’espère juste qu’il y en aura quelques-uns pour être jaloux car mieux vaut faire envie que pitié comme disait Robert.

Fatigué, dépassé

Dans les périodes d’hystérisation des débats, je finis toujours par fermer ma gueule. En tout cas, espacer mes écrits. Parce que peut-être que tout le monde a raison et tout le monde a tort.

D’une part, être flic et se faire caillasser, insulter, c’est pas supportable, pas plus que subir le racisme et la violence de policiers dans ce qu’on appelle les quartiers ou en manif. L’organisation sociale de notre société déconne de tous les côtés. Elle est où, la manif qui dénonce les deux situations ou celle qui milite pour des solutions générales ? Même ces quelques mots sont sans doute sujets à polémique, en cette période. Ils impliquent à la fois une exemplarité et une reconnaissance du métier de policier et un traitement profond, économique, social, d’urbanisation et de retour à la loi et à la justice dans les zones où prospèrent misère sociale et violence.

Quelles actions politiques jouent simultanément sur ces deux leviers, quels programmes ? Le moment est peut-être venu d’arrêter de vouloir satisfaire les uns ou les autres pour des raisons électorales. Alors, évidemment, ça demande un certain courage parce qu’agir dans ces deux directions en même temps implique en retour un rejet a priori des uns et des autres, brandissant la dictature policière d’un côté et l’état vendu à la racaille de l’autre.

Macron avait vendu ce fameux discours du « en même temps ». Ses actes se sont montrés pour le moins déséquilibrés et semblent juste guidés par une idéologie et des intérêts électoraux opportunistes liés à chaque conjoncture. Pas de vision d’ensemble projetée sur la construction de l’avenir. Comme la plupart de ses prédécesseurs, d’ailleurs.

J’ai sans doute perdu une occasion de me taire…

Porte ouverte

Mais il faut bien se prononcer. Une certaine France rêve d’une bonne dictature policière pour la débarrasser de tous ces étrangers. Ne disons pas qu’elle n’existe pas. Elle est là, partout, l’air de rien. Oui, le racisme est là, dans des petites phrases, des hochements de tête. 

À la campagne où je vis pendant quelques mois, on déteste les étrangers, bien sûr, mais comme il n’y en a pas trop, on se replie sur les Gitans et les Parisiens, l’air de rien. Ben oui, on se retrouve toujours à un moment donné la victime du racisme de quelqu’un.

Bien sûr, vous me direz, les prisons sont pleines de gens de couleurs. La racaille. Ben oui, la vouyouserie, c’est pas forcément culturel. Ce qui est bizarre, c’est qu’elle a tendance à se développer dans les cages à lapins. Bizarre. À Bordeaux, mon ex ville d’adoption, dans les années 50, c’était les Espagnols. Pas les Portugais parce que ce sont de bons maçons. Et après les Espagnols, ça a été les « Nord-Africains ». Main d’œuvre pas chère que l’on parquait dans les premières cités. 

Bon, les plus gros voyous, ceux qui nous arnaquent tous à coups de milliards, à longueur de journée et depuis des siècles, ce ne sont pas ces petits voyous. Les vrais bandits, ils portent la cravate et se font sucer sous le bureau. Ils font des « affaires ». Mais bon, ceux-là, la fameuse certaine France, elle ne s’y intéresse que s’ils sont Juifs ou francs-maçons. Les autres, ça compte pas. C’est blanc. C’est la vie. C’est trop discret pour atteindre leurs neurones. Ils admirent, sont aux petits oignons, presque intimidés. Mais c’était pareil au Moyen-Âge, j’imagine, ces histoires de soumission à la richesse pour qui on s’use toute une vie.

Nous, les connards de Bobos parisiens, on ne vote pas facho parce qu’on vit mélangés depuis longtemps. On a vite compris que la gentillesse ou la connerie n’ont pas de couleur.

Je n’ai pas de mépris pour la ruralité, même si parfois elle me fait mal aux oreilles. Mais en même temps, force est de constater que la Marine, c’est bien là qu’elle est le mieux entendue. C’est juste triste. Les provinciaux ne sont pas plus cons que les autres. Je ne sais pas ce que c’est, un provincial à part une personne qui n’est pas Parisienne, vu du 75. Mais pour eux, les images d’un homme qui se fait assassiner par un flic, ça ne leur fait ni chaud ni froid. On n’en parle pas. On ne se prononce pas. Ni sur les violences policières. Parce qu’on est contre les voyous et pour la police par principe (sauf quand on prend des PV). On n’est pas touché par un tel meurtre. On n’ira jamais en manif pour revendiquer quoi que ce soit de toute façon ni cambrioler quiconque. Ils n’ont qu’à faire pareil et il n’y aura pas de problème !

Et moi, ma position ? Ben je suis horrifié par ce meurtre et je devine à travers lui qu’il y en a plein d’autres qui ne sont pas filmés. Je ne suis pas anti-flic pour autant. Il faut juste que ce ne soit pas trop les plus cons qui prennent toute la place. Je subis comme une violence qui m’est adressée toutes les violences policières gratuites perpétrées lors des manifs. Ça ne veut pas dire que je partage les façons de voir de ce qu’on appelle par commodité les casseurs. Ce n’est pas parce que le racisme me choque que je suis un islamo-gauchiste. Je crains les voyous, moi aussi et les discours racistes venant d’autres communautés me gonflent autant que tous les racismes.

Ce ne sont sans doute que des portes ouvertes que j’enfonce, de la bien-pensance. Rien à foutre, je déteste la bien-pensance, ce terrorisme intellectuel, aussi débile et malveillant que la connerie crasse de certains électeurs de l’autre enflure.

RIP, Mister Floyd.

aouaryou ?

Quelques nouvelles, surtout pour les lecteurs de la famille et les amis qui préfèrent regarder le blog plutôt que passer un coup de fil.

Je suis encore enchampêtré en Charente profonde. L’avantage réside essentiellement dans le fait que j’ai pu jouer du ukulélé comme un sourd à minuit et demie sans risquer déranger les voisins. Le second avantage, c’est que l’on peut bosser en plus du potager. J’ai travaillé comme un malade sur l’approfondissement de mes expériences et à la formation d’une équipe. J’ai envoyé un plan développé de mon bouquin à l’éditrice. Il m’a fallu plus d’une semaine pour le sortir.

Côté tournages, je tourne sur un court fin juin, celui qui était prévu en mars, en Suisse.

Et puis sinon, pas mal pris dans des histoires de retraite car oui, c’est pour bientôt. Et il manque ceci et cela et patati et patata. Je ne sais même pas combien je vais toucher. J’en suis à espérer que ce sera juste un peu mieux que le chômage. Ce qui ne résoudra pas grand-chose. Au moins en aurais-je terminé avec la course perpétuelle aux heures. Aux heures payées, je précise. Parce que si j’avais été payé pour tout le boulot que j’ai fourni, j’aurais pas mal de pognon.

Comme tout le monde, j’ai suivi avec grand intérêt la grande série de l’année, Chloroquine. Ils annoncent une saison 2, je crois. 

Côté politique, je me rapproche chaque jour du désespoir quand j’entends parler ceux qui sont au menu 2022 et, pire encore, quand j’entends mes semblables. Je fais bien de travailler sur l’eau. C’est autrement plus passionnant et plein de perspectives.

Ça ne se lit sans doute pas, mais je suis très apaisé depuis que je bosse sur le bouquin.

La santé ? Ça va. Je me suis mis à la marche nordique.

Le cinéma ? Je l’ai dit. Et mieux vaut ne pas en dire davantage, sinon la santé ça n’ira plus.

Putain, je prends des risques…

Oui, les violences policières existent en France, au-delà même du racisme. Et ceux qui en sont victimes n’osent même pas porter plainte alors que systématiquement ils ont été frappés et accusés dans les rapports d’avoir frappé la police. Je ne raconterai pas encore ces histoires qui me touchent de près pour ne pas porter préjudice aux personnes qui en ont été victimes. Mais 3 personnes dans un cercle très très restreint, ça fait beaucoup. Oui, les gens finissent par avoir peur de la police, mêmes quand ils sont blancs. La violence s’exerce contre les personnes de couleur mais aussi les jeunes et les militants. Arrêtons de nous raconter des histoires.

Dénoncer les violences policières ne signifie pas être contre la police. C’est juste exiger qu’elle fasse son travail et rien que son travail. Il ne consiste pas à infliger des peines corporelles, des peines tout court, sans jugement ni avoir subi la moindre menace, pas plus qu’à rédiger des faux rapports. Quand les autorités couvrent ces agissements minoritaires, elles encouragent à ce qu’ils se généralisent.

Pas si simple

Vous savez donc que je vais sortir un bouquin sur l’eau en septembre 21. Mais les extraordinaires propriétés de l’eau, je les ai découvertes grâce à un appareil inventé par hasard : le DoubleYou. Cet appareil a pour effet sur l’humain de mesurer son énergie vitale ou énergie psychique. En d’autres termes, l’humeur. Mais précisons un peu, même si ça vous semble fastidieux, car ça en vaut la peine.

Cette fameuse énergie vitale, il faut aller du côté de la psychanalyse pour avoir une idée de ce que ça raconte. En résumé et en m’inspirant des travaux de Carl Gustav Jung sur le sujet, il s’agirait de la libido au sens large (plaisir, désir en opposition à frustration, déception) liés à des pulsions de vie et pulsions de mort. En plus de la libido, on ajoutera les notions de sécurité et danger. Ces pulsions seraient guidées par des objectifs archaïques vitaux : faire l’amour puisque vous y pensez, mais aussi manger, aller boire un café avec un pote ou faire votre tour de vélo ou de course à pied. Cette énergie vitale augmente à l’approche de la réalisation de votre objectif et se met à diminuer dès que l’objectif est atteint ou que sa réalisation semble compromise. Oui, le gros salasse va trouver l’exemple des montagnes d’énergie de séduction qu’il va mettre en œuvre pour conclure avec la dame et son endormissement immédiat une fois son objectif atteint. Pour un repas, c’est pareil. Votre énergie vitale augmente au fur et à mesure qu’approche le moment effectif du repas mais se met à diminuer dès que vous avez commencé à manger.

J’ai mené une expérience au mois de février avec une grosse vingtaine de volontaires. Mais le résultat de l’expérience a raconté encore davantage que ce que voulait l’expérience. Chacun d’eux devait se livrer à différentes activités de son choix pendant une heure en notant les horaires. Je leur demandais néanmoins de se livrer à une activité imposée : regarder une vidéo de 6 minutes 30. Je pensais initialement que la vidéo devait mettre de bonne humeur et, de fait, les mesure du DoubleYou étaient nettement et significativement supérieures pour la vidéo que pour les autres activités.

Mais je me suis aperçu que les mesures commençaient à monter bien avant la vidéo et redescendaient beaucoup plus vite après. Ce qui m’a conduit à comprendre mieux ce que je mesurais. Pour 75% des personnes, ce n’était pas le contenu de la vidéo qui avait influencé les mesures positivement mais le seul fait que c’était la seule activité imposée. J’aurais pu demander de balayer la cuisine, c’était pareil. Parce que quand on demande à une personne de faire ce qu’elle veut et de faire le rapport de ce qu’elle a fait, c’est beaucoup plus « dangereux », en tout cas moins confortable que de se livrer à une activité imposée. Une activité imposée est sécurisante. On fait ceci parce qu’on nous l’a demandé. Aucun jugement ne sera porté sur nous parce que nous avons agi à la demande expresse d’une autorité extérieure.

C’est en buvant mon café en terrasse de bistrot ce matin que m’est apparue cette évidence en lien avec mes petites expériences. Quand on est confiné à cause d’une menace, au début on est dans la peur de cette menace mais la sécurité que représente le confinement finit par l’emporter et nous rassurer.

Mais quand on nous dit de nous déconfiner, c’est une autre histoire. Nous voilà de nouveau livrés à nous-mêmes et responsables de nos objectifs vitaux. Fini la sécurité. Pour celui qui reprend le boulot, tout va bien. Il retrouve ses objectifs habituels. Mais pour ceux qui sont sur le carreau, cette liberté retrouvée les met face à leur impossibilité de nourrir un quelconque objectif. Il en va de même pour la personne pour qui le danger extérieur demeure présent.

La communication gouvernementale qui a consisté essentiellement à nous demander d’attendre les nouvelles directives pour dans 15 jours a eu pour effet de nous enlever la possibilité de gérer nos objectifs individuels. D’un côté nous étions rassurés parce que nous savions ce que nous n’allions pas faire pendant 15 jours, mais nous étions pour beaucoup dans la souffrance de ne plus pouvoir nous projeter librement.

En conclusion, le confinement fût un traumatisme mais le déconfinement sera pour beaucoup un second traumatisme, parfois pire que le premier.

On pourrait élargir cette notion de sécurité que provoquent le injonctions à faire ceci ou cela dans un champ plus vaste de la politique. De fait, la communication des fachos qui consiste à brandir nos peurs (danger = baisse de l’énergie vitale) pour vendre leur programme sécuritaire (sécurité = augmentation de l’énergie vitale) est fondamentalement une manipulation très efficace (voir l’installation de tous les populistes sur la planète). Il faudra apprendre à nous méfier de ces manipuations grossières si nous voulons rester libres. Un vaste programme contre nature. La seule façon d’y échapper : construire un objectif vital commun qui fasse rêver.

Septembre 21

Ça change tout, quand on a un objectif à long terme. J’ai eu un coup de fil de plus d’une heure, hier, avec une éditrice d’une grosse maison d’édition. Les fameuses expériences qui montrent certaines propriétés surprenantes de l’eau, je ne vais plus me contenter de les mâchouiller avec quelques copains. Elle a l’air aussi décidée que moi à ce qu’un bouquin sur le sujet puisse voir le jour. Comme elle est très compétente, elle m’a permis en un rien de temps de construire une architecture solide du livre (dont le titre reste à trouver). Sortie prévue pour septembre 2021.

Celui-ci, je le sens très bien parce que je m’y raconte moins et que je mets tout en œuvre pour qu’il fasse davantage de bruit que les précédents. Les cartes en main sont très prometteuses et le sujet est si passionnant et surprenant qu’il a tout ce qu’il faut pour hameçonner la presse (et passionner les lecteurs). 

La différence majeure avec les précédents, c’est qu’il ne s’agit plus des hommes et de leur faculté un brin magique de percevoir des choses invisibles (sourciers) ou de projeter des intentions sur la matière (guérisseurs). On ne se situe plus dans ces sphères dans lesquelles s’affrontent croyants et sceptiques. Le sujet, c’est l’eau. Plus question d’intention, de possibilités d’influencer. C’est l’eau qui s’occupe de tout. Et c’est beau, ce que ça raconte.

Que ça fait du bien de pouvoir recommencer à rêver demain après cette période mortifère de confinement !

Proposition pour lutter contre la pauvreté

C’est bien beau de râler tout le temps. Il faut savoir être constructif.

Pour lutter efficacement contre la pauvreté, je propose que l’on passe le paquet de cigarettes à 20 euros. Je me fonde sur des études scientifiques.

De récentes études nous racontent que depuis la politique vantée par notre très chère Agnès Buzin (et qui consiste à augmenter le prix des cigarettes) a pour effet une diminution de la consommation du côté des classes sociales favorisées tandis que les pauvres continuent voire augmentent leur consommation. Du coup, leur pauvreté augmente encore, générant des angoisses qui ont pour effet d’accélérer le développement de cancers. Résultat, les pauvres meurent davantage et de fait, la pauvreté diminue. Comme on ne change pas une équipe qui gagne, autant doubler le prix des clopes. Pas con, hein ?!

Un air de liberté

Pour Guy Bedos

Dé-con-finés ! Ouf. Mardi, je vais faire… je sais pas, moi… 112 kms. Juste pour voir ce qu’il y a de l’autre côté du cercle.

Bedos est parti. J’avais aimé ses provocations jamais méchantes, ses blagues machistes d’une autre époque. En termes d’humour, il a été pas mal précurseur d’un genre qui sévit encore aujourd’hui, cet humour qui montre qu’il déconne, ses faux fou-rires, son ton faux pour exprès. On pourrait dire qu’il était aussi un acteur engagé, mais à cette époque, ils étaient un paquet à voir rouge et noir. C’était l’époque qui voulait ça. Aujourd’hui, mes copains les plus engagés, ils se battent pour défendre le glyphosate. Les autres, ils sont comme moi, grandes gueules peu actives en dehors de quelques manifs ou carrément dans le militantisme paranoïaque. Le plus grand nombre attend un peu parce que c’est pas si simple. Une autre époque. Quand une figure meurt, c’est le passé qui surgit pour nous raconter aujourd’hui dans le creux de sa tombe.

Un grand comique d’aujourd’hui, c’est Raoult. Dans la soirée du jour où j’ai écrit l’article sur la chloroquine, il passait à la télé avec Pujadas. J’ai regardé et, surprise, j’ai ri comme un bossu, comme devant un Louis De Funès. Il était tellement trop, le Raoult, dégoulinant de mégalomanie, d’une mauvaise foi à la Cruchot (De Funès dans les Gendarmes), une volonté de mépriser et d’humilier son adversaire. C’était extrêmement drôle. Bon, une fois bien ri, quand même, tu finis par te dire que ce n’est pas un personnage de Gérard Oury mais un vrai mec qui fait quand même un peu peur… Hein, la pilule jaune ? Heu… 

Néanmoins, il y a de quoi rire aussi avec la fameuse étude qui enterre l’hydroxychloroquine…

Hydroxyraoultquine

Par Franck Sabattier — Travail personnel, CC BY-SA 4.0,

J’adore Raoult. Pas la personne. Il a des cheveux ridicules, il se touche toujours la barbe, il a l’air complètement mégalo. Mais, de mon point de vue d’acteur, réalisateur, j’adore la façon pépère qu’il a de dire les choses et le bordel qu’il provoque.

N’allez pas me classer dans la catégorie des pro ou des anti-Raoult. Je trouve cette bataille fascinante parce qu’elle ne parle pas de lui mais du rapport de chacun à la science et à la croyance. 

Je ne sais pas trop où en est la science sur les histoires d’hémisphères du cerveau, de cette histoire qu’il y aurait une partie rationnelle, cartésienne, qui analyse froidement et une autre comme siège des émotions (et des croyances, fatalement), mais ça reste une image qui va m’aider à illustrer mon propos. 

Notre psychisme, qui que nous soyons, est constitué de ces deux pôles. Parfois, nous analysons froidement les situations, nous cherchons des solutions et à d’autres moments, nous nous laissons aller à nos pulsions affectives et à nos croyances. Cela vaut autant pour le poète bouddhiste que pour le sceptique militant. Les deux pensent et s’illusionnent. 

Le premier refait le monde selon ses rêves, ne craignant pas les illusions, prenant parti pour les causes qui lui semblent les plus jolies. Mais cela ne l’empêche pas de passer son temps à résoudre des problèmes bassement matérialistes et concrets, sans quoi il ne survivrait pas. Le second est persuadé qu’on ne lui en contera pas, qu’il est seul à avoir un libre-arbitre. Il ne se réfère qu’à des choses ayant fourni une multitude de preuves avérées par la communauté des diplômés en math-physique-chimie. Mais où est son libre-arbitre si sa vie se résume à attendre 12 publications avant d’oser émettre une opinion ? Les excès de cette attitude n’a-t-elle pas à voir avec celle des croyants, dès lors que cet être raisonnable entre en religion de La Science (ne pouvant pourtant ignorer ses limites et ses lacunes, ses jeux de pouvoir et d’influence) voire s’abandonne au prosélytisme sectaire ? Dans une partie de mauvaise foi, il y a match nul, 1 partout.

Et là, avec cette fameuse histoire de chloroquine, c’est la bataille entre ces 2 personnages qui s’est jouée. C’était jubilatoire à suivre. D’un côté, t’as le mec qui affirme qu’il a trouvé le remède miracle et de l’autre ceux qui se démerdent pour « prouver » que ce médicament est un poison. Sans déconner. La fameuse étude qui est sortie vendredi, il paraît qu’elle comporte des biais, qu’elle est imparfaite. Mais peu importe, on va l’utiliser pour enterrer le trublion.

Mon point de vue sur hydroxychloroquine et la chloroquine, je n’en ai pas vraiment parce que je ne veux pas passer mon temps à éplucher les études et à apprendre comment les lire. Je me dis juste que la réalité se situe vraisemblablement entre les 2 positions qui semblent les seuls choix possibles si l’on regarde la télé. Mais plus profondément, je pense que la science néglige de façon idéologique tout ce qui est d’ordre psychique ou de la conscience (je me heurte depuis des années à ce tabou avec mes expériences). Pour être plus précis, j’ai l’impression qu’il vaut mieux être soigné par un mec non conventionnel qui me dit que je vais guérir si je prends la capsule jaune que par un mec qui me dit de prendre la capsule bleue dont il n’est pas certain qu’elle agisse puisqu’il n’y a pas eu de publication, parce que ça prend du temps de faire une étude sérieuse, etc… Je ne pense pas que Raoult triche sur ses chiffres. En revanche, je ne suis pas certain que ses succès soient liés essentiellement à la molécule utilisée.

Allez, je vais l’avouer. Quand il y a 3 semaines, Raoult nous dit de regarder la courbe de Gauss qui raconte que l’épidémie est saisonnière et qu’elle va disparaître, ben moi, illico, je l’ai cru. J’ai même pas besoin qu’il me dise que les virus, c’est son métier depuis longtemps. Je l’ai cru parce que je pense qu’il est collectivement plus bénéfique de croire que le virus disparaît plutôt que d’attendre les analyses prudentes d’un professeur Salomon. Et ce n’est pas irrationnel. Je m’appuie sur des années de recherches personnelles sur la relation esprit/matière et sur des travaux divers qui ne parviennent jamais à se libérer du statut de pseudoscience ou de charlatanisme, non pas à cause de la nullité de leurs travaux, mais de tous les tabous et préjugés que draine avec elle la communauté scientifique.

J’ai regardé, hier, un documentaire d’époque sur Jacques Benvéniste et la mémoire de l’eau. L’homme n’était pas parfait, beau gosse charmeur, se prenant pour Galilée et Einstein mâtiné d’un Gérard Philippe. Ses études pouvaient contenir des biais mais il s’est passé la même chose que pour Raoult. Ce qu’il osait avancer bousculait tant les théories de la physique classique, que la meute des orthodoxes n’en a fait qu’une bouchée avec des contre-études totalement délirantes et qui, le plus souvent, ne respectaient même pas le protocole original. 

À chaque fois, on procède de la même façon : on décrédibilise la personne dès qu’elle fait un pet de travers et on l’élimine médiatiquement, ses études avec. Franchement, la science, c’est pas joli joli parfois. Théoriquement, c’est parfait, indispensable pour la compréhension du monde. Mais dans la réalité, ce ne sont que des personnes qui veulent du pognon et de la reconnaissance (Raoult compris, la reconnaissance) et sont sujets à divers jeux de pouvoir à l’intérieur d’un cadre figé et réactionnaire destiné à ce que ceux qui sont en place y restent. On ne peut sérieusement se réclamer de la science sans en interroger son fonctionnement.